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Tu verras qu’elle le tormentera & l’eschaufera bien fort


et bien tost le rendra fort liquide & disposé à gecter et
l’esclarcira


co{mm}e il apartient. Quand il est en cest estat & qu’il
est fort blanc


et poly, reluisant co{mm}e vif argent, prӕpare toy de
gecter.


Et pour cet effect ayes du sable maigre delié, dans


une terrine ou aultre vaisseau duquel tu te vouldras
ayder.


Fays une fosse dans le sable, puys avecq tes molettes


prens ton moule bien rouge & le pose dans ceste fosse
de


sable. Couvre incontinent l’ouverture de ton moule affin
que


aulcune cendre & poulsiere n’entre dedans, & lors acheve
de


l’entourner de sable jusques au bout du gect & des souspirailz.


Ce faict, descouvre ton moule & gecte dessus ton argent
bien


fondu la grosseur d’un pois ou environ de ce grain
metallique


qui incontinent s’espandra par tout ton argent & le fera
bouillir


& tourner. Gecte aussy tost que tu y auras mis ceste


matiere, car c’est ceste cy qui est le secret de faire courre


l’argent, comme sa crouste l’eschaufe & l’esclarcist. Tu


peulx gecter argent plus fin que la ligue du capital et


co{mm}e de realle, mays que tu y adjoustes de ce
grain.



Ne laisse pas pour cela de mettre devant toute chose un peu de
borras dans l’argent


fondu, car encores


que les orfevres n’y


en mectent point,


touteffois il y est bon


et je l’ay veu bien pratiqué.


Aprés on y mect de la


croste de la matiere


de par deulx diverses


foys & puys de la chose


metallique. Lors garde la



qui soict posé au bout


de ta forge.



Si tu veulx soufler la
cendre qui est aultour


de ton moule lors que


tu le tiens entre les
molletes, tiens luy l’ouverture


en bas & soufle.





Quand l’argent est bien


fondu tu le peulx bien


descouvrir et soufler


avec le petit souflet,


non pas continuellem{ent}


comme à l’or, mays


pour gecter hors les
charbons seulem{ent} pour


y mectre les matieres


qui le font courre.




Blanchiment de l’argent gecté



Pour ce que on gecte communem{ent} de bas argent, &
mesmem{ent}


les Allemands, et que telle ligue face volontiers
quelq{ue}


chappe ou croste, qui est contraire auNosAulcunsorfevresde
France sont communem{ent} bien empressés à
blanchir leurs


ouvraiges, mesmem{ent} les grossieres, pour ce
qu’ils n’usent


que du commun bullitoyre, qui est de tartre & sel
commun,
presque auta{n}t d’un que d’aultre. Mays j’ay veu
un


excellent Allemand travailler ainsy. Ayant en ma presence


gecté un petit lesard de ligue de teston, il
fist une croste
noi grisastre. Et pour l’en nettoyer, il le fist bouillir au
bullitoyre


susdict de tartre & sel commun pulveriséet meslé d’eau commune, au foeu


de sa forge. En estant sorty, il le grattebroissa. Et
pour ce que


il n’estoit pas net à sa fantasie de ceste croste, il fist brusler


du tartredans du papier jusques à ce
qu’il fut noir & ne fuma plus. Puys


il destrempa ledict tartred avecq de l’eau du
bullitoyre, co{m}posée


de sel & tarte, & en couvrit tout son
lesard. Puys le mit entre les
charbonsde vifs de la forge & soufla un
peu. Quand le lesard fut


rouge, il l’osta, le laissa froidir puys le recuit au
bullitoyre.


Aprés le grattebroissa dans l’eau claire.



+

Note que le bullitoyre


pour l’argent n’est jamays


bon dans un crusol,


pour ce que l’eau prena{n}t


la forme du ftartre


s’esvapore. Mays le
vaisseau pour bouillir,


esta{n}t de cuivre, est


excella{n}t pour le blanchim{ent}


de l’argent & pour la


saulce qui colore l’or.





Il observoit de ne


laisser pas tant


bouillir son eau de


tartre qu’elle reversast


par dessus, pource que


lors sa force s’en


va. Doncq quand ceste


premiere furie de bouillir


viendra, oste la du foeu


& luy remects. Il tenoit


pour secret ce tartre


bruslé mis dessus pour


l’argent bas.



