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des bouches au sable fin du Nil. Loin du sol de Zeus
Qui confine au pays syrien, nous errons en bannies ; non qu'aucune cité ait porté contre nous la sentence d'exil qui paie le sang versé ;
Mais, pleines d'une horreur innée de l'homme
détestons l'hymen des enfants d'Égyptos et leur sacrilège
démence.
Et Danaos, le père qui inspire tous nos desseins, qui inspira notre révolte, a pesé tous les coups et, parmi les douleurs, choisi celle du moins qui sauvait notre gloire :
La fuite éperdue à travers la houle des mers et la
descente aux rives d'Argolide, berceau de notre race, qui
s'honore d'être venue au monde de la génisse tournoyante
au vol du taon sous le toucher et le souffle de Zeus
En quel pays mieux disposé pour nous pourrions-nous
aborder avec cet attribut des bras suppliants, ces rameaux
ceints de laine
Ah! puisse ce pays, son sol, ses eaux limpides, puissent
les dieux du ciel et les dieux souterrains aux lourdes ven-
geances, habitants des tombeaux
Puisse Zeus Sauveur enfin, qui garde les foyers des
justes, agréer cette troupe de femmes comme leurs
suppliantes, en ce pays ému d'un souffle de pitié; et,
avant qu'en essaim pressé les mâles insolents issus
d'Égyptos aient foulé du pied ce sol limoneux, dieux! avec
leur vaisseau rapide,
Rejetez-les vers le large; et qu'alors, dans la tourmente
aux cinglantes rafales, dans le tonnerre et les éclairs, dans
les vents chargés d'averses,
Avant d'avoir, malgré le Ciel qui le défend, asservi les
nièces d'un père, en montant dans des lits qui ne les veu-
lent pas !
Mais, d'abord, ma voix au delà des mers
ira appeler mon soutien, le jeune taureau né de Zeus et de
la génisse qu'on vit paître ici des fleurs; sous le souffle de
Zeus, sous le toucher qui, naturellement, lui donna son
nom, s'achevait le temps réservé aux Parques
lieux mêmes où jadis paissait mon antique aïeule, ses mal-
heurs d'autrefois, que je fournirai à ce pays des indices de
ma naissance qui, pour inattendus, n'en paraîtront pas
moins dignes de créance: on le verra bien, si l'on veut
m'entendre.
ouïr la voix de l'épouse
Chassée de son séjour d'antan, elle pleure douloureuse-
ment sa demeure familière, tout en disant la mort de son
C'est ainsi qu'à mon tour je me plais à gémir sur les tons
d'Ionie, à déchirer ensemble ma tendre joue mûrie au soleil
du Nil et mon cœur novice aux larmes. Des gerbes de
sanglots disent ma terreur: trouverai-je ici des frères prêts
à veiller
Allons, divins auteurs de ma naissance, vous voyez où est le Droit: exaucez-nous ! Ou, si le Destin ne veut pas que le
Droit ait satisfaction pleine, du moins, dans votre haine
toujours prête à frapper la démesure, montrez votre justice en
face de cet hymen. Même aux fugitifs meurtris par la
guerre
Ah! si le dénouement pouvait
Zeus précipite les mortels du haut
ne
Qu'il jette donc les yeux sur la démesure humaine, incar- née à nouveau dans la race qui, pour obtenir mon hymen,
s'épanouit en funestes et folles pensées! Un sentiment né du
délire la point d'un irrésistible aiguillon, et, reniant son
passé, la voici prise au piège d'Até.
Telles
vivante, je conduis mon propre deuil.
—
Vers le ciel, c'est une ruée de serments, de vœux d'actions
de grâces, quand la mort est là, qui menace
vents incertains! où nous emportera ce flot
Et, sans répit, ma
Sans doute, la rame, la nef aux ais ceints de cordages qui
arrête l'assaut des flots m'ont conduite ici sans tempête, avec
l'aide des brises je n'en fais point de plainte. Mais le
dénouement que j'espère,
l'accorder en sa bonté !
Et que la chaste
indignée de telle poursuite, vierge, elle sauve une vierge!
Sinon, avec nos teints brunis des traits du soleil, nous
irons, nos rameaux suppliants
puisque nos voix n'ont pu atteindre les dieux olympiens.
triomphe du Ciel tout entier. Elle est âpre, la bourrasque d'où
va sortir l'ouragan
puisqu'il a méprisé l'enfant de la génisse par lui-même
engendré et dont il se détourne à l'heure des prières. Ah!
que plutôt, du haut des cieux, il exauce ceux
<
Mes enfants, la prudence doit être notre loi: c'est en prudent pilote qu'ici vous a conduites le vieux père en qui vous avez foi, et maintenant, à terre, ma prévoyance encore vous engage à garder mes avis bien gravés en vous.
Je vois une poussière, messagère muette d'une armée. Des
moyeux crient, qu'entraînent leurs essieux. J'aperçois une
troupe portant le bouclier, armée du javelot, avec des
chevaux et des chars recourbés. Sans doute des chefs de ce
pays viennent-ils nous examiner, avertis par quelque
message. Mais, que celui qui conduit l'élan de cette troupe
arrive ici sans intention méchante ou qu'il ait, au contraire,
aiguisé des instincts cruels, mieux vaut, pour tout prévoir,
mes filles, vous asseoir sur ce tertre consacré aux dieux
d'une cité: encore mieux qu'un rempart, un autel est un
infrangible bouclier. Allons, hâtez-vous, et, vos rameaux
aux blanches guirlandes, attributs de Zeus Suppliant, pieu-
sement tenus sur le bras gauche
en termes suppliants, gémissants et éplorés, ainsi qu'il
convient à des arrivants, en disant nettement que votre
exil n'est pas taché de sang. Qu'aucune assurance ne sou-
tienne votre voix ; qu'aucune effronterie, sur vos visages au
front modeste, ne se lise en votre regard posé. Enfin, ni ne
prenez trop vite la parole ni ne la gardez trop longtemps :
les gens d'ici sont irritables. Sache céder; tu es une étran-
gère, une exilée dans la détresse : un langage trop assuré
ne convient pas aux faibles.
Père, tu parles
Oui, qu'il nous regarde ici d'un œil clément !
Qu'il le veuille seulement, et tout
s'achève à notre gré.
Alors, ne tarde plus, use de mon conseil.
Je voudrais déjà être assise à ton
côté.
O Zeus, prends pitié de nos peines, avant
que nous n'y succombions!
Invoquez encore le fils de Zeus que voilà.
Je salue les rayons sauveurs du Soleil.
Qui est aussi le pur Apollon, dieu jadis exilé du ciel.
A un sort qu'il connaît, il doit compatir.
Qu'il compatisse donc et nous assiste en
sa bonté !
Quelle de ces divinités dois-je invoquer encore ?
Je vois là un trident, attribut d'un dieu.
Ainsi qu'il nous y a conduites, qu'il daigne ici nous accueillir !
Et voici encore un Hermès à la mode grecque.
Ah! qu'il nous signifie donc un doux message de liberté !
Et de même à tous les seigneurs de cet
autel commun adressez ensemble votre hommage. Puis
asseyez-vous dans le sanctuaire, tel un vol de colombes
fuyant des éperviers - leurs frères pourtant! frères
changés en ennemis, qui veulent se souiller d'un crime à
l'égard de leur propre race. L'oiseau reste-t-il pur, qui
mange chair d'oiseau ? Comment donc serait pur celui
qui veut prendre une femme malgré elle, malgré son
père ? Non, même dans l'Hadès, il n'échappera point au
chef de luxure
D'où vient donc cette troupe à l'accoutrement
si peu grec, fastueusement parée de robes et de bandeaux
barbares, à qui je parle ici? Ce n'est point là le vêtement
des femmes ni à Argos ni dans aucun pays de Grèce. Et
pourtant, que vous ayez osé, intrépides, venir jusqu'ici
sans hérauts ni proxènes sans guides! - voilà qui me
surprend. Je vois chez vous, il est vrai, des rameaux
suppliants déposés suivant le rite aux pieds des dieux de
la cité en cela seulement, la conjecture peut retrouver la
Grèce. Mainte autre supposition serait justifiée encore;
mais tu es là, et, pour t'expliquer, tu as la parole.
Tu n'as point fait erreur sur notre
parure. Mais moi, en te parlant, à qui parlé-je ici ? Est-ce
à un citoyen? à un héraut, porteur de la baguette sainte
Pour cela, tu peux me répondre et parler en
toute assurance. Je suis le fils de Palaichtôn, qui naquit de la
Terre, Pélasgos, chef suprême de ce pays; et le peuple des
Pélasges qui cultive ce sol a naturellement pris le nom de
son roi
sacré, à partir de sa rive occidentale. Je borde les terres
des Perrhèbes, et celles qui, au delà du Pinde, touchent à
la Péonie, et les montagnes de Dodone, jusqu'au point où
les eaux des mers viennent couper ma frontière : en deçà,
tout m'appartient. Quant à ce pays d'Apis, son sol a reçu
ce nom en mémoire d'un guérisseur des temps antiques,
un fils d'Apollon, prophète médecin venu du rivage voisin
de Naupacte, pour nettoyer cette contrée de monstres ho-
micides, fléaux qu'un jour la Terre déchaîna, irritée des
souillures dont l'avaient salie des meurtres anciens - ser-
pents pullulants, cruels compagnons. Apis, par des remèdes
décisifs, libéra tout le pays d'indiscutable façon et, pour son
salaire, vit son nom à jamais mêlé aux prières d'Argos. Tu
as maintenant de quoi me connaître. Déclare-moi ta race,
dis-moi tout;
Je parlerai bref et net. Nous nous
honorons d'être de race argienne et de descendre d'une
génisse féconde. Tout cela est vrai, et, si je puis parler, je
saurai l'établir.
Votre langage, étrangères, semble incroyable
à mes oreilles d'où vous viendrait telle origine? Ce
sont les Libyennes que vous rappelez, bien plutôt que les
Argiennes. Le Nil encore pourrait nourrir plantes pareilles.
Le type chypriote que, comme dans un moule, frappent les
mâles au sein des femmes, ressemble également au vôtre.
J'ai ouï parler aussi d'Indiennes nomades, qui vont che-
vauchant des mules sur des selles à dossier à travers les
régions qui avoisinent l'Éthiopie. Ou des Amazones,
vierges carnassières! voilà peut-être encore pour qui je
vous prendrais, si
moi :
que je comprenne mieux comment votre origine, votre
sang peuvent être argiens.
Ne dit-on pas qu'il y eut jadis ici, en
Argolide, une gardienne du temple d'Héra, Io
Oui, sans nul doute: la tradition en est bien établie.
Un récit ne dit-il pas aussi que Zeus
l'aima, bien que simple mortelle ?
Et leurs étreintes n'échappèrent point à Héra.
Et comment finit la querelle royale ?
La déesse d'Argos, de la femme, fit une génisse.
Et Zeus approcha-t-il encore la génisse
cornue ?
On le dit, sous la forme d'un taureau saillisseur.
Que fit alors l'opiniâtre épouse de Zeus ?
A la génisse elle donna un gardien qui vît tout.
Quel fut donc ce gardien voyant tout, attaché à la seule génisse?
Argos, fils de la Terre, qui fut tué par Hermès.
Qu'inventa-t-elle alors pour la pauvre génisse?
Un insecte affolant qui pourchasse les bœufs.
Près du Nil, les gens disent « un taon »!
Aussi la chasse-t-il d'Argos pour des courses sans fin.
Là aussi, ton récit concorde avec le mien!
Et elle arrive enfin à Canope et Memphis.
Où Zeus la touche de sa main et fonde
ainsi sa race!
Quel taureau, fils de Zeus, s'honore d'avoir pour mère la génisse?
Épaphos, dont le nom véridique dit la délivrance d'Io.
Libye, qui tient la plus grande des parties du monde.
Et quel autre rameau connais-tu sorti d'elle?
Bêlos, qui eut deux fils et fut père de mon père.
Et lui, révèle-moi le nom donné à sa sagesse.
Dis-moi son nom aussi : ne me refuse rien.
Égyptos. Tu connais maintenant mon antique origine: traite donc en Argiennes celles dont la troupe est ici devant toi.
Vous semblez en effet avoir d'antiques liens
avec notre pays. Mais comment avez-vous osé quitter le
palais paternel ? Quel destin s'est abattu sur vous ?
Roi des Pélasges, les malheurs humains
ont des teintes multiples: jamais ne se retrouve même
nuance de douleur. Qui eût imaginé que cet exil imprévu
ferait aborder à Argos une race jadis sœur de la vôtre
et la transplanterait ici par horreur du lit conjugal?
Que demandes-tu donc en suppliante aux dieux de la cité, avec ces rameaux frais coupés aux bande- lettes blanches ?
De n'être pas esclave des fils d'Égyptos.
Est-ce question de haine ? ou veux-tu dire
qu'ils t'offrent un sort infâme?
Qui aimerait des maîtres qu'il lui faut payer ?
C'est ainsi qu'on accroît la force des maisons.
Et aussi qu'à la misère on trouve un remède aisé !
Comment puis-je, avec vous, satisfaire à la
loi des dieux ?
S'ils me réclament, ne me livre pas aux fils d'Égyptos.
Mots terribles! soulever une guerre incertaine !
La justice combat avec qui la défend.
Oui, si du premier jour elle fut avec vous.
Je frémis à voir nos autels ombragés de ces rameaux.
Avoue-le: il est terrible aussi le cour- roux de Zeus Suppliant!
O fils de Palaichtôn, prince des Pélasges,
prête-moi un cœur bienveillant. Vois ici une suppliante, une
fugitive éperdue, semblable à la génisse pourchassée du loup,
qui s'assure au secours de rocs
Je vois à l'ombre de rameaux frais coupés
d'étranges fidèles devant les dieux de ma cité. Puisse la
cause de ces concitoyens-étrangers ne point créer de maux!
Que nulle querelle, à l'improviste, par surprise, n'en
résulte pour Argos: Argos n'en a pas besoin.
maux, daigne Thémis Suppliante
Vous n'êtes pas assises à mon propre foyer :
si la souillure est pour Argos, pour la cité entière, que le
peuple entier s'occupe d'en découvrir le remède. Pour moi,
je ne saurais te faire de promesse, avant d'avoir com-
muniqué
C'est toi, la cité; c'est toi, le Conseil; chef
sans contrôle, tu es le maître de l'autel, foyer commun du
pays; il n'est point d'autres suffrages que les signes de ton
front, d'autre sceptre que celui que tu tiens sur ton trône;
toi seul décides de tout:
La souillure soit pour mes ennemis! Mais vous secourir, je ne le puis sans dommage. Et pourtant il m'est pénible aussi de dédaigner vos prières. Je ne sais
que faire; l'angoisse prend mon cœur dois-je agir ou ne
pas agir? Dois-je tenter le Destin ?
Regarde vers
leur donne. Songes-y:
Si les fils d'Égyptos ont pouvoir sur toi, de par
la loi de ton pays, dès lors qu'ils se déclarent tes plus proches
parents, qui pourrait s'opposer à eux ?
Ah! que jamais je ne tombe au pouvoir des
mâles vainqueurs! Fuir, sans guides que les étoiles, voilà le
lot que plutôt je m'assigne, s'il me préserve d'un hymen
odieux. Va, fais
Décider ici n'est point facile ne t'en
remets pas à moi pour décider. Je te l'ai dit déjà : quel que
soit mon pouvoir, je ne saurais rien faire sans le peuple. Et
me garde le Ciel d'ouïr Argos me dire
L'auteur commun de nos deux races con-
temple ce débat, Zeus impartial, qui, suivant leurs mérites,
traite les méchants en coupables, en justes les cœurs droits.
Si tout se pèse ainsi en
Oui, j'ai besoin d'une pensée profonde qui
nous sauve, et que, tel un plongeur
l'affaire d'abord ne crée point de maux à notre cité, pour
moi-même ensuite se termine au mieux; je veux dire : afin
qu'Argos échappe aux atteintes d'une guerre de représailles;
et afin que moi-même, je n'aille pas, en vous livrant ainsi
agenouillées aux autels de nos dieux, m'attacher pour rude
compagnon le dieu de ruine, le génie
Pense donc, et pour nous, comme il sied,
deviens un pieux proxène.
Refuse-toi à me voir arrachée de ce sanctuaire consacré à
tant de dieux, ô maître suprême d'Argos. Comprends la
démesure des mâles;
Ne consens pas à voir la suppliante, en dépit de la justice,
Sache-le, quoi que tu fasses, tes enfants et ta maison en
devront un jour payer à Arès
Mes
rude guerre, c'est à quoi je suis contraint - et, sur cet
écueil, la voilà clouée tout comme si on l'y eût hissée à
grand renfort de cabestans marins. Point d'issue exempte
de douleur! Que des richesses soient arrachées à une maison,
d'autres y peuvent rentrer, d'une valeur qui dépasse la
perte, jusqu'à faire le plein de la cargaison, par la faveur
de Zeus protecteur des biens. Que ta langue ait lancé des
traits inopportuns qui remuent cruellement un cœur, des
mots peuvent calmer une souffrance qu'ont causée des
mots. Mais, quand il s'agit du sang de nos frères, il faut,
pour l'épargner, sacrifier, offrir à tous les dieux toutes les
victimes aptes à remédier à un tel malheur ou je me
trompe fort sur la nature du débat qui s'annonce
J'ai employé déjà bien des mots
suppliants écoute le dernier
J'écoute; dis-le moi, il sera entendu.
J'ai là bandeaux, ceintures pour retenir ma robe.
Sans doute des parures convenant à des femmes ?
C'est d'elles que j'attends un merveil-
leux secours.
Quels mots, dis-moi, vas-tu donc pro- noncer?
Si tu ne donnes à cette troupe une loyale promesse...
Quel secours attends-tu enfin de ces cein- tures ?
Celui de décorer les statues que tu vois d'offrandes insolites.
Formule énigmatique. Parle donc sans
détours.
De nous pendre à l'instant aux dieux que voici.
J'entends là des mots cinglants pour mon cœur.
Tu as compris; je t'ai fait voir plus clairement les choses.
Oui, et de tous côtés d'invincibles soucis!
Une masse de maux vient sur moi comme un fleuve, et me
voici au large d'une mer de douleurs, mer sans fond,
dure à franchir et point de havre ouvert à ma
détresse ! Si je ne satisfais à votre demande, la souillure
que vous évoquez dépasse la portée de l'esprit. Si, au
contraire, contre tes cousins, les fils d'Égyptos, debout
devant nos murs, je m'en remets à la décision d'un combat,
ne sera-ce point une perte amère que celle d'un sang mâle
répandu pour des femmes ? Et pourtant je suis contraint
de respecter le courroux de Zeus Suppliant: il n'est pas
pour les mortels de plus haut objet d'effroi. Ainsi donc,
vieillard, père de ces vierges, vite, en tes bras prends ces
rameaux et va les déposer sur d'autres autels de nos dieux
nationaux, afin que tous les citoyens voient cet insigne
suppliant et ne rejettent pas les propositions qui leur
viendront de moi la foule aime à chercher des raisons à
ses maîtres ! La compassion sans doute naîtra à cette vue :
la démesure de la troupe mâle fera horreur à notre peuple,
et il se sentira mieux disposé pour vous. C'est aux faibles
toujours que vont les bons vouloirs.
leurs demeures hospitalières; pour assurer de plus notre
sécurité, quand nous traverserons la ville. La nature a vêtu
différemment nos traits; le Nil et l'Inachos ne nourrissent
pas des races pareilles. Gardons qu'excès de confiance
n'engendre grand effroi : plus d'un déjà a tué un ami, pour
l'avoir méconnu.
Allez, gardes, l'étranger a raison; conduisez-
le aux autels de la ville, demeures de nos dieux; et à
ceux que vous rencontrerez dites, sans bavardage, que vous
servez de guides à un marin, suppliant de nos dieux.
Tu lui as donné tes instructions: qu'il
parte avec elles! Mais moi, que dois-je faire ? où, selon toi,
serai-je en sûreté ?
Laisse là tes rameaux, symbole de ta peine.
Voilà je les laisse à la garde de ton bras et de ta parole.
Passe ici maintenant, dans la partie plane du
sanctuaire.
Quelle protection m'offre le sanctuaire là où il s'ouvre à tous ?
N'aie crainte je n'entends point te livrer aux oiseaux de proie.
Oui, mais à des monstres plus cruels que le plus cruel serpent?
A qui te dit : « Confiance! » réponds par des mots confiants.
Ne t'étonne pas si mon cœur effrayé se montre impatient.
Jamais roi n'a connu la peur.
A toi donc de me réconforter par des
actes autant que par des mots.
Va, ton père ne te laissera pas longtemps seule. Moi, je vais convoquer les gens de ce pays, pour disposer en ta faveur l'opinion populaire; puis à ton père
j'enseignerai le langage qu'il doit tenir. Demeure donc ici
et que tes prières demandent aux dieux de la cité ce que tu
souhaites d'obtenir, cependant que j'irai ordonner tout cela.
Que la Persuasion m'accompagne et la Chance efficace!
les bienheureux, Puissance souveraine entre les puissances,
du haut de ta félicité, Zeus, entends-nous ! Éloigne de ta race
la démesure mâle, digne objet de ta haine, et dans la sombre
mer plonge le Malheur aux
Propice à la cause des femmes, vois l'antiquité de leur race ;
leur aïeule jadis te fut chère : renouvelle la légende de ta
bonté. Souviens-toi, toi dont la main toucha Io! Nous sommes
filles de Zeus, et c'est de ce rivage qu'est
Une trace ancienne me ramène aujourd'hui aux lieux où
sous l'œil d'un gardien jadis paissait ma mère. C'est là la prairie
qui nourrit les génisses, d'où Io, pourchassée par le taon,
s'enfuit un jour, l'esprit perdu, traverse cent peuples divers,
et, fendant le détroit houleux, sur l'ordre du destin, dépasse
la limite des deux continents
Elle se lance à travers l'Asie, coupe par la Phrygie moutonnière, arrive à la cité de Teuthras en Mysie, puis,
par les vallons de Lydie, par delà les monts de Cilicie et
Pamphylie, aux fleuves jamais taris
terroir glorieux d'Aphrodite
Mais, toujours taraudée par le trait du bouvier ailé, elle
atteint la terre sacrée de Zeus où naissent tous les fruits, la
prairie fertilisée des neiges
devant ce prodige ils demeuraient stupides. — Mais, alors,
quel magicien vint donc guérir l'errante et misérable Io,
tournoyante au vol du taon?
Celui dont
ses maux>: sous sa force aux douceurs puissantes, sous son
souffle de miracle, les voici finis; et, lentement, coulent les
larmes de sa pudeur douloureuse. Mais du germe déposé par
Zeus, dit un récit qui ne ment pas, elle enfante un fils
Un fils dont le bonheur a rempli de longs jours! Aussi la
terre entière le proclame : « Ce fils, source de vie
Zeus, en vérité! » Qui eût pu d'ailleurs apaiser un délire
voulu par Héra? L'œuvre est de Zeus, et qui dit ensuite cette
race fille d'Épaphos dit encore la vérité
Quel dieu donc encore plus désigné par ses actes puis-je
raisonnablement invoquer? Notre sire et notre père, celui qui
de ses mains a planté cette souche, l'antique et puissant auteur
de ma race, c'est le
Aucun pouvoir ne siège au-dessus du sien. Sa loi n'obéit
pas à une loi plus forte. Nul ne trône plus haut que lui qu'il
doive adorer d'en bas. Aussi prompt que le mot, l'acte est à
ses ordres pour achever sur l'heure ce que lui propose
Rassurez-vous, mes filles : tout va bien du
côté d'Argos; le peuple a rendu un décret décisif.
Salut, vieillard, porteur de si douces
nouvelles ! Mais dis-nous à quoi s'arrête la décision prise -
à quelle majorité aussi a prévalu le vote populaire.
Argos s'est prononcée d'une voix una-
nime, et mon vieux cœur s'en est senti tout rajeuni. De
ses droites levées le peuple entier a fait frémir l'éther,
pour ratifier ces mots : nous aurons « la résidence en ce
pays, libres et protégés contre toute reprise par un droit
d'asile reconnu ; nul habitant ni étranger ne pourra nous
saisir; use-t-on de violence, tout bourgeois d'Argos qui ne
nous prête aide est frappé d'atimie, exilé par sentence du
peuple ». Telle est la formule qu'a défendue notre patron,
le roi des Pélasges, en invitant la cité à ne pas fournir
d'aliment pour les jours à venir au terrible courroux de
Zeus Suppliant et en évoquant la double souillure, à la fois
nationale et étrangère
monstre indomptable, qu'il faudrait nourrir de douleurs
Allons, que nos vœux appellent sur
Argos les biens qui paieront ses bienfaits, et que Zeus
Hospitalier veille à réaliser pleinement et sans réserve les
hommages que lui
Voici l'heure pour les dieux, enfants de
Zeus, de nous prêter l'oreille, tandis que nous épandrons nos
vœux sur ce pays
en proie aux feux de l'ardent Arès, dont le cri suspend les
danses et qui va moissonnant les hommes dans des champs
où ils ne mûrissaient pas pour lui !
Ils n'ont pas, par dédain de la cause des femmes, voté en fa-
veur des mâles; ils ont entrevu le vengeur vigilant de Zeus contre
qui on ne lutte pas et que nulle maison ne saurait écarter,
quand, pour marquer son
appelleront la faveur des dieux.
Ainsi donc qu'à l'ombre du pieux rameau nos lèvres donnent
l'essor à des vœux épris de leur gloire. Que la peste jamais
sa tige et que l'amant meurtrier d'Aphrodite, Arès, n'en
fauche point l'espoir!
Que les vieillards emplissent les salles où ils s'assemblent
autour des autels qui
entend mes vœux, viennent
Que nul fléau meurtrier ne vienne ravager cette ville, en
armant Arès, dieu des larmes, effroi des chœurs et des cithares,
en éveillant la clameur des guerres civiles!
Que Zeus enfin fasse à jamais cette terre fertile en toute
saison! Que les brebis
retentir de pieux accents; et que de lèvres virginales un
chant s'envole marié à la cithare!
trouble ses honneurs, pouvoir prévoyant qui pense pour le
bien de tous ! Qu'aux étrangers, avant d'armer Arès, on offre,
pour éviter des maux, des satisfactions réglées par traité
Et qu'aux dieux qui ont reçu cette terre en partage toujours
on rende, le front ceint de laurier, le culte des hécatombes
transmis par les aïeux
Je ne puis qu'approuver ces sages vœux,
mes filles; mais vous-mêmes, ne vous effrayez pas, si votre
père vous annonce à l'improviste du nouveau. De cette
guette, accueillante aux suppliants, je vois le vaisseau. Il est
aisé à reconnaître rien ne m'en échappe, ni l'arrangement
de ses voiles, ni ses bastingages, ni sa proue, dont l'œil sur-
veille la route où elle avance, docile à la barre qui la guide
de l'arrière trop docile même au gré de ceux à qui elle ne
vient point en amie. Je distingue l'équipage avec ses mem-
bres noirs sortant des tuniques blanches. Et voici le reste
de la flotte, et toute l'armée, bien en vue! Le vaisseau de
[...sa] tête, déjà sous le rivage, a cargué ses voiles et rame à coups pressés. Allons! il vous convient d'envisager le fait
avec calme et prudence et de vous attacher à ces dieux, cependant que je vous irai quérir des défenseurs et des avocats.
Il se pourrait qu'un héraut, une ambassade vînt ici, prétendant vous emmener et se saisir de vous par droit de reprise.
Mais rien de tel n'aura lieu
pas ! Il serait bon pourtant, si nous tardions à vous porter secours, de ne pas oublier un instant cet asile.
Aie confiance : avec le temps, au jour fixé, tout mortel qui méprise les dieux reçoit son châtiment.
Père, j'ai peur. Les nefs au vol rapide
sont déjà là : il n'est plus de délai.
Une épouvante anxieuse me prend : ai-je eu profit vraiment à fuir par tous chemins ? Père, je suis morte
Les Argiens ont émis un vote sans appel,
ma fille :
Des maudits !
Sur leurs nefs aux ais bien joints, au visage de sombre azur, ils ont passé jusqu'ici, le sort
secondant leur rancune, avec leur nombreuse armée noire !
Mais
Ne me laisse pas seule, je t'en supplie, ô père : seule, qu'est une femme ? Arès n'habite pas en elle.
Eux,
Ah ! ce ne sont pas ces tridents, ces majestés divines, dont la crainte retiendra leurs mains loin de nous, ô père.
Orgueilleux, tout dévorants d'audace impie, comme des chiens sans vergogne, ils
Eh bien ! un dicton ne veut-il pas que les loups soient vainqueurs
Disons plus : leurs instincts sont ceux de bêtes luxurieuses et sacrilèges. Ah ! gardons qu'ils ne nous commandent jamais.
Une armée de mer n'est pas si vite prête.
Même un mouillage est long : il faut porter à terre les amarres protectrices ; et, même l'ancre jetée, les guides d'une flotte ne sont pas sur le champ libérés de crainte, surtout quand ils arrivent dans un pays sans port à l'heure où le soleil décline pour la nuit : la nuit est mère d'angoise pour le pilote averti.
Aucun débarquement ne saurait donc se faire comme il faut, si la nef n'est d'abord assurée du mouillage. Pourtant, si tu as peur, dispose-toi à recourir aux dieux. Pour moi, je ferai diligence et
<reviendrai en hâte
Argos n'aura pas à se plaindre du messager : s'il est vieux, l'esprit en lui est jeune et sait user des mots qu'il faut.
Terre montueuse
noire qui approche les nuées de Zeus, pour disparaître tout entière et, comme la poussière qui, sans ailes, prend son vol et s'évanouit, mourir !
Des frissons sans cesse vont courant sur mon âme ;
mon cœur, maintenant noir, palpite
mari exécré portât la main sur mon corps. Plutôt, dans le trépas, avoir pour maître Hadès !
Que ne puis-je m'asseoir au sein
escarpé, abandonné des chèvres, inaccessible aux yeux, hautain et solitaire, suspendu dans le vide, aire de vautour, qui me garantirait une chute profonde, avant que je subisse, contre ma volonté, l'hymen d'un ravisseur !
leur et de larmes. Le trépas vienne donc à moi avant le lit
nuptial ! Est-il une autre voie de salut que je puisse m'ouvrir encore pour échapper à l'hyménée ?
Que tes chants lancent
dieux et les déesses ! Mais par où s'accompliront-ils ? Ah ! tourne donc vers nous, père, des yeux qui nous promettent la délivrance, même au prix des combats ! Et sur la violence
jette un regard de colère : c'est celui qui lui est dû. Respecte en nous tes suppliantes, Zeus
Car les fils d'Égyptos intolérable démesure mâles
Ah ! ah ! Le ravisseur est là
Ah ! ravisseur, puisses-tu plutôt périr !... Je fais éclater un cri de
détresse. Voici donc le prélude des violences qui m'attendent ! Ah ! ah ! fuis vers le secours. La terreur triomphe, intolé-
rable sur terre aussi bien que sur mer ! Seigneur de ce pays, protège-nous !
En route ! en route vers la galiote, de toute la vitesse de vos jambes ! Ou, alors, on verra des cheveux arrachés, oui, arrachés, des corps marqués au fer
coupées, d'où gicle à flots le sang du massacre.
Que n'as-tu donc péri au milieu des vagues
sans nombre de ta route marine, avec
Allons, laisse l'autel et marche vers
Non, je ne veux plus revoir les eaux fécondantes qui, chez les hommes, font naître et se multiplier un sang porteur de vie
Tu vas monter
Ah ! ah ! puisses-tu
avoir erré au gré des vents célestes autour de la tombe
Crie, hurle, appelle les dieux : une fois
Hélas ! hélas ! Que le puissant Nil
Je t'invite à gagner la galère aux flancs courbes, et vite ! nul retard ! Quand on traîne une rebelle, on n'épargne pas ses cheveux.
Hélas ! père, le secours des autels serait donc
hélas ! Terre mère, écarte de moi l'effrayant hurleur
hélas ! Terre mère, écarte de moi l'effrayant hurleur ! O père, Zeus, fils de la Terre
Si tu ne te résignes à gagner le vaisseau,
ta tunique
Nous sommes perdues. Seigneur ! nous subissons un traitement impie.
Des seigneurs, vous en aurez bientôt
en nombre : les fils d'Égyptos ! N'ayez crainte, vous ne vous plaindrez pas de manquer de maîtres.
Ah ! chefs, princes de ce pays, je succombe à la force !
Je crois qu'il vous faudra tirer, traîner
par les cheveux, puisque vous restez sourdes à ma voix.
Hé là-bas ! que fais-tu ? Quelle superbe t'induit à mépriser ainsi la terre des Pélasges ? Crois-tu donc débarquer dans un État de femmes ? Pour un barbare aussi tu montres avec les Grecs un peu trop d'insolence !
C'est commettre bien des fautes et user de bien peu de sens.
Quelle faute ai-je commise ici contre le Droit ?
Tu ignores d'abord les devoirs d'un étranger.
En quoi ? Je retrouve ce que j'avais perdu.
A quels proxènes ici t'es-tu donc adressé ?
Au plus grand des proxènes, Hermès, dieu de tous ceux qui cherchent.
Tu t'adresses à des dieux et tu ne ne montres aucun respect des dieux !
Les dieux du Nil sont ceux que j'adore.
Et ceux d'ici alors ne sont rien pour toi : je l'entends de ta bouche.
J'emmènerai ces femmes — à moins qu'on ne me les arrache.
Y toucher t'en cuirait, ce ne serait pas long !
J'entends là des mots peu hospitaliers.
Je ne vois pas des hôtes en ceux qui dépouillent des dieux.
Voilà que je dirai aux enfants d'Égyptos.
Ce souci là n'inquiète pas mon cœur !
reviens ? Ces débats là, Arès ne les juge pas d'après des témoignages ; jamais telle querelle ne fut par lui réglée à prix d'argent
Pourquoi te donner mon nom ? Tu l'apprendras
avec le temps, toi comme tes compagnons. Ces femmes, tu les emmèneras, si elles y consentent de bon cœur, quand tu auras, pour les convaincre, trouvé de pieuses raisons. Par un vote unanime, le peuple argien l'a proclamé sans appel : jamais il n'abandonnera à la violence une troupe
de femmes. C'est là un clou assez fermement planté et enfoncé pour que rien ne l'ébranle jamais. Il ne s'agit point de mots inscrits sur des tablettes ni scellés dans des rouleaux de papyrus : tu entends ici le clair langage d'une bouche libre. Allons, vite, hors de ma vue !
Sache dès lors que tu soulèves là une guerre incertaine. La victoire et la conquête puissent-elles être pour les mâles !
Des mâles, vous en trouverez aussi dans ce pays, et qui ne boivent pas un vin fait avec l'orge
Pour vous, reprenez confiance, et toutes, avec vos sui-
vantes, entrez dans notre cité bien close, que protège l'appareil de ses remparts élevés. L'État y possède de nombreuses demeures ; moi-même, j'y ai été pourvu d'appartements d'une main généreuse. Des logis sont là tout prêts
pour vous, si vous voulez habiter avec d'autres. Vous
êtes libres aussi, s'il vous agrée davantage, d'occuper des demeures disposées pour vous seules. Choisissez ce qui vous paraîtra le plus avantageux et le plus agréable. Pour répondants
les citoyens, dont s'exécute ici la décision : en attendez-vous
Que des biens sans nombre payent tes bienfaits, roi vénéré entre les Pélasges ! Et que ta bonté
nous renvoie ici notre père, le vaillant Danaos, qui pense et veut pour nous. C'est à lui de décider d'abord où nous devons prendre logis et quel choix nous vaudra bon accueil. Chacun est prêt à lancer le blâme sur un étranger : veillons à ce que tout aille au mieux !
Pour notre bon renom, pour que les gens parlent de nous sans malice, rangez-vous, chères captives, chacune à sa place, dans l'ordre où Danaos a assigné à chacune de nous la suivante inscrite dans sa dot.
qu'ils ont attaché à ma personne ces suivants, ces hommes
d'armes, d'abord pour m'octroyer un privilège qui m'honore, ensuite pour nous garder, moi, du coup imprévu et mortel qui me frapperait par surprise et pour ce pays serait un faix éternel,
est guidée par un bon pilote, l'hommage d'une gratitude qui les honore encore plus que jamais.
Et maintenant
et rien ne vient plus vite aux lèvres qu'un propos salissant. Je vous invite donc à ne pas me couvrir de honte, puisque vous possédez cette jeunesse qui attire les yeux des hommes. Le tendre fruit mûr n'est point aisé à protéger : les bêtes s'y attaquent tout comme les hommes, vous le savez,
les oiseaux ailés comme les quadrupèdes. De même, des corps pleins de sève Cypris elle-même va proclamant le prix, en invitant l'amour à cueillir la fleur de jeunesse. Aussi, sur la délicate beauté des vierges, tous les passants, succombant au désir, lancent-ils le trait charmeur du regard
deux nous sont offerts, l'un par Pélasgos, l'autre par la cité — dont nous pouvons même user sans redevance — on nous
rend tout facile. Mais songez bien aux leçons paternelles : mettez la modestie plus haut que la vie.
Réservons pour d'autres vœux les
dieux de l'Olympe ; s'il s'agit de ma fleur, rassure-toi, mon père : à moins que le Ciel n'ait formé des plans tout nouveaux, je ne dévierai pas de la route qu'a jusqu'ici
Allons, célébrons les Bienheureux, seigneurs
d'Argos, dieux urbains et dieux riverains des eaux de l'Érasinos antique. Et vous, suivantes, répondez à notre chant. Que nos louanges disent la ville des Pélasges ! Le Nil et
ses bouches n'auront plus l'hommage de nos hymnes.
fécondants, pour amollir le terreau argien
Cypris, mon cantique pieux ne saurait l'oublier. Alliée d'Héra, elle atteint presque au pouvoir de Zeus, et, lors, la déesse aux subtils pensers reçoit l'honneur
dû à ses œuvres saintes. A ses côtés, pour assister leur mère,
voici Désir, et Persuasion enchanteresse, qui jamais n'a subi un refus ; Harmonie aussi a sa part du lot d'Aphrodite,
Pour les fugitives je redoute des vents contraires : cruelles
douleurs et guerres sanglantes. Pourquoi ont-ils eu du Ciel des brises favorables à leur prompte poursuite ? Ce qu'a fixé le Destin risque fort de s'accomplir — on ne passe pas outre à la pensée de Zeus, auguste et insondable — et, après des
milliers de femmes avant toi, l'hymen
Ah ! que l'auguste Zeus écarte de moi l'hymen des fils d'Égyptos !
Ce serait pourtant là le mieux.
Va, traite à ta guise une intraitable.
Va, tu ne sais pas l'avenir.
Formule donc un vœu plus mesuré.
Quelle leçon de mesure entends-tu me donner ?
«
Non ! que le seigneur Zeus m'épargne un
hymen cruel avec un époux abhorré ! C'est lui qui libéra Io,
abolit sa peine d'une main guérisseuse
Qu'il donne la victoire aux femmes — je me résigne au
moindre mal et à deux tiers de bonheur