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son de leur rang notre sire Xerxès, roi né de Darios, a lui-même choisis pour veiller sur sa terre.
Mais, à songer au retour royal, au retour de l'armée bardée d'or, déjà, prophète trop prompt de malheurs, mon
cœur se hérisse en moi : la force née de l'Asie s'en est allée tout entière ! il gronde, appelant un porteur de nouvelles : et nul messager, nul courrier monté n'arrive à
la cité des Perses !
Quittant Suse et Ecbatane et les vieux remparts kissiens
les fantassins à pied, formant le gros de la masse guerrière.
Ainsi vont au combat Amistrès et Artaphrénès, Mégaba-
tès et Astaspès, capitaines des Perses, rois vassaux du
Grand Roi, chefs d'une immense armée ; et, avec eux, leurs
archers triomphants et leurs cavaliers, formidables à voir, terribles dans la lutte par la décision vaillante de leurs cœurs.
Et Artembarès, sur son destrier, et Masistrès, et Imaios le Brave, archer triomphant, et Pharandakès, et Sosthanès, qui presse ses coursiers !
Le large Nil nourricier
Sousiskanès, Pégastagôn, fils d'Égyptos ; et le souverain de la sainte Memphis, Arsakès le Grand, et le maître de l'antique Thèbes, Ariomardos ; et les bateliers dont les
barques voguent à travers les
Derrière suit la foule des Lydiens délicats, qui dominent tous les peuples de leur continent
Arcteus, connétables rois, et Sardes, la cité de l'or, les envoient au combat sur des milliers de chars à quatre et six chevaux rangés en escadrons, spectacle de terreur.
Les voisins du Tmôlos sacré se flattent aussi de jeter sur
la Grèce le joug de l'esclavage, Mardôn, Tharybis, enclumes de la lance
confuse, marins sur des nefs, soldats pleins de foi dans l'arc
qu'ils bandent d'une main résolue. Et, derrière eux, accourant de l'Asie entière, vient le peuple à la courte épée, docile aux mandements terribles du Roi.
Ainsi s'en est allée la fleur des guerriers du pays de
Perse, et sur eux la terre d'Asie, qui fut leur nourrice, gémit toute d'un regret ardent, cependant que parents, épouses, en comptant les jours, frémissent du temps qui s'allonge.
Sans
l'Athamantide
L'impétueux monarque de l'Asie populeuse pousse à la conquête du monde son monstrueux troupeau humain par
deux routes à la fois : pour guider son armée
mortel égal aux dieux.
En ses yeux luit le regard bleu sombre du dragon sanglant. Il meut mille bras
assyrien
Qui serait donc capable de tenir tête à ce large flux humain ? Autant vouloir, par de puissantes digues, contenir
l'invincible houle des mers ! Irrésistible est l'armée de la Perse et son peuple au cœur vaillant.
dieu quel mortel pourrait échapper ? Qui sait alors, d'un pied agile, prendre son élan pour un bond heureux
Caressante et douce,
Le destin que les dieux ont de tout temps fait aux Perses
leur impose de poursuivre les guerres où croulent les remparts, les mêlées où
Mais voici qu'ils ont appris, sur les larges routes des mers,
que blanchit le vent fougueux,
Voilà pourquoi mon âme en deuil est déchirée par l'angoisse. «
qu'apprendra ma cité, la grande ville de Suse, vidée de tous ses mâles ?
Et entendrai-je répondre
est-ce là ce qu'un jour criera une foule confuse de femmes, tandis que sur leurs robes de lin leurs mains s'abattront pour les mettre en lambeaux ?
Hélas ! tout un peuple de cavaliers, de fantassins s'en est allé, pareil à un essaim d'abeilles, derrière son conducteur
Et le regret des hommes emplit les lits de larmes. Chaque
femme perse, en son deuil languissant, a donné l'escorte d'un regret amoureux à son belliqueux et bouillant époux et demeure seule du couple d'antan.
Allons, Perses, prenons place sous ce toit antique, et ouvrons l'examen prudent et profond — aussi bien la nécessité nous en presse —
De ce que peut être le sort de Xerxès
roi de notre sang qui nous a fourni le nom de ses aïeux
Mais voici venir, pareille à la clarté qui sort de l'œil des dieux, la mère du Grand Roi, ma reine : je tombe à genoux.
Et que tous ici lui adressent les hommages qui lui sont dus.
tendu d'or et la chambre où longtemps j'ai dormi avec Darios : moi aussi, je sens le souci déchirer mon cœur, et c'est à vous que je veux tout dire, amis, à cette heure où je ne suis plus sans crainte pour moi-même. J'ai peur que, devenue trop grande, notre richesse ne renverse du pied et ne transforme en poudre sur le sol l'édifice de bonheur qu'un dieu sans doute aida Darios à élever. Aussi une
angoisse indicible arrête ma pensée sur un double péril : des trésors, sans homme pour les défendre, n'obtiennent de la foule hommage ni respect, tout comme un homme sans trésors ne peut briller de l'éclat que mériterait sa force. Or, si notre richesse est intacte, en revanche, je crains pour nos yeux ; car, l'œil d'une maison, c'est, pour moi, la présence du maître. De cela, d'abord, persuadez-vous
bien, puis conseillez-moi sur les faits que voici, Perses, vieux et fidèles soutiens : c'est de vous que j'attends tous conseils utiles.
Va, sache-le, reine de ce pays, tu n'auras pas à m'indiquer deux fois soit un mot soit un acte, quand j'aurai qualité pour te servir de guide. En
nous tu t'adresses
Je vis chaque nuit au milieu de songes, depuis que mon fils, équipant une armée, est parti
ravager la terre d'Ionie ; mais jamais encore je n'en vis,
en traits nets, de pareil à celui de la dernière nuit : écoute. Deux femmes, bien mises, ont semblé s'offrir à mes yeux, l'une parée de la robe perse, l'autre vêtue en Dorienne, toutes deux surpassant de beaucoup les femmes d'aujourd'hui, aussi bien par leur taille que par leur beauté sans tache.
Quoique sœurs du même sang, elles habitaient deux patries, l'une la Grèce, dont le sort l'avait lotie, l'autre la terre barbare. Il me semblait qu'elles menaient quelque querelle et que mon fils, s'en étant aperçu cherchait à les contenir
et à les calmer cependant qu'il les attelle à son char et leur met le harnais sur la nuque. Et l'une alors de tirer vanité de cet accoutrement et d'offrir une bouche toute docile aux rênes, tandis que l'autre trépignait, puis, soudain, de ses mains met en pièces le harnais qui la lie au
char, l'entraîne de vive force en dépit du mors, brise enfin le joug en deux. Mon fils tombe ; son père, prêt à le plaindre, Darios, paraît à ses côtés ; mais, dès qu'il le voit, Xerxès déchire les vêtements qui couvrent son corps ! Voilà
d'abord mes visions
mage : et j'aperçois alors un aigle, qui fuit vers l'autel bas de Phoibos ! Muette d'effroi, je m'arrête, amis. Mais bientôt, sous mes yeux, un milan
défense ! Tout cela fut, pour moi, terrible à contempler, et, pour vous, doit l'être à entendre. Car, vous le savez, si mon fils réussit, il sera un héros sans pareil ; s'il échoue, il n'a point de comptes à rendre au pays, et, pourvu qu'il revienne, il restera toujours maître de cette terre.
Nous ne
ser des libations à la Terre et aux morts ; puis, du fond de l'âme, supplie Darios, l'époux que tu dis avoir vu cette nuit, de ne t'envoyer de la terre au jour que des joies pour toi et ton enfant ; le reste, de le retenir, aboli à jamais, dans l'ombre souterraine. Voilà ce que, prophète inspiré par le cœur, je te conseille, du fond de l'âme ; et nous estimons
que pareils présages se réaliseront de tout point au mieux.
Je n'en doute point, c'est ta sympathie pour mon fils et pour ma maison qui t'a fait le premier interpréter ces songes et prononcer tel avis. L'achèvement en soit donc heureux ! Je règlerai tout ainsi que tu désires, en ce qui concerne les dieux et nos morts, dès mon retour
au palais. Mais il est des choses que je voudrais d'abord savoir, amis : en quel point de la terre est, dit-on, située Athènes ?
Et mon fils désirait conquérir cette ville ?
Toute la Grèce alors eût obéi au Roi.
Ont-ils donc une armée si bien fournie en hommes ?
Dis plus : une armée qui a fait beaucoup de mal aux Mèdes.
Et avec cela ? ont-ils dans leurs maisons richesse suffisante ?
Une source d'argent, un trésor que leur garde la terre.
Voit-on dans leurs mains la flèche qui tend l'arc ?
Non, des épées pour le corps à corps, des boucliers arment leurs bras.
Et quel chef sert de tête et de maître à l'armée ?
Ils ne sont esclaves ni sujets de personne.
Comment pourraient-ils donc tenir devant l'invasion ennemie ?
Assez pour avoir détruit à Darios une nombreuse et magnifique armée.
Ah ! que dis-tu ? Terrible angoisse pour les mères de ceux qui sont en route !
Mais tu vas bientôt, je crois, savoir la vérité complète : je vois là un homme dont la course trahit un Perse. Il nous apporte bonne ou mauvaise — une nouvelle exacte.
Perse, havre de richesse infinie, voici donc, d'un seul coup, anéanti un immense bonheur, abattue et détruite la fleur de la Perse ! — Hélas ! c'est un malheur déjà que d'annoncer le premier un malheur. Et pourtant il me faut déployer
devant vous toute notre misère, Perses : l'armée
Horribles, horribles souffrances, imprévues et déchirantes ! Hélas ! pleurez donc, Perses,
Oui, car c'en est fait de tout ce qui partit là-bas ; et
Ah ! elle se révèle
ce coup inattendu !
Et c'est en témoin, non en rapporteur des dires d'autrui, que je vais vous apprendre,
Las ! hélas ! c'est donc pour
pays d'Asie sur une terre ennemie, sur le sol de Grèce !
En foule, les cadavres de nos malheureux morts couvrent à cette
Las ! hélas ! tu me fais voir ceux que
L'arc
Salamine ! nom cruel entre tous à entendre !
Oui, Athènes est un nom odieux à ma misère. J'ai désormais matière à me souvenir d'elle : de
milliers de femmes perses elle a fait — et pour rien ! — des mères sans fils et des veuves.
Je suis longtemps restée muette, misérable écrasée par l'infortune. Le désastre est trop grand pour permettre un mot, une question sur nos malheurs. Il faut pourtant que les mortels supportent les tristesses que leur envoient les dieux. Déploie donc à nos yeux toute notre
misère et dis-nous posément, quelques gémissements que t'arrachent nos maux, quels sont, parmi les chefs, ceux qui n'ont pas péri — ceux aussi que nous devons pleurer et qui, placés au rang où l'on porte le sceptre, ont en mourant laissé la place vide.
Pour Xerxès, il vit et voit le jour.
Ah ! de quelle éclatante lumière tes mots inondent ma maison ! C'est le jour resplendissant après la nuit ténébreuse !
Mais Artembarès, naguère chef de dix mille cavaliers
choc d'une javeline, n'a fait qu'un léger bond du haut de sa galère ! Ténagôn, le héros bactrien de noble lignée, hante désormais l'île d'Ajax
chargeant le dur rivage de leurs fronts vaincus ! Et les riverains du Nil égyptien, Arcteus, Adeuès, Pharnoukos au bon bouclier, ils sont, eux, tombés du même vaisseau ! Matallos,
de Chryse, qui menait dix mille hommes, voyait en mourant
sa longue et drue barbe rousse prendre une teinte nouvelle
dans un bain de pourpre ! Arabos le Mage
Bactrien, qui menait trente mille cavaliers noirs, sont
désormais fixés sur l'âpre terre où ils ont péri ! Et Ames-
tris ! et Amphistreus, toujours brandissant son infatigable javeline ! et le brave Ariomardos, qui met aujourd'hui Sardes en deuil ! et Seisamès le Mysien ! et Tharybis, le commandant de cinq fois cinquante galères, le superbe
guerrier qu'a vu naître Lyrna ! il est tombé, le malheureux
sous un fâcheux coup du destin ; tandis que Syennésis
— Tels sont les chefs dont j'ai gardé mémoire ; mais nos
maux sont infinis : je ne t'en rapporte ici que bien peu.
ger la lutte contre l'armée des Perses et à provoquer la mêlée des trières.
S'il ne se fût agi que du nombre, sache que le barbare aurait triomphé ; car, pour les Grecs, le chiffre de leurs bâtiments était environ dix fois trente ; dix
en outre formaient réserve à part. Xerxès, au contraire, je le sais, conduisait une flotte de mille vaisseaux, sans compter les croiseurs de vitesse, au nombre de deux cent sept. Telle était la proportion : la trouves-tu à notre désa-
vantage ? Non : c'est un dieu dès lors qui nous a détruit notre armée, en faisant de la chance des parts trop inégales dans les plateaux de la balance
Athènes est donc encore intacte ?
La cité qui garde ses hommes possède
le plus sûr rempart
Mais quel fut, pour les flottes, le signal de
l'attaque ? Dis-moi qui entama la lutte : les Grecs ? ou mon fils, s'assurant au nombre de ses vaisseaux ?
surgi je ne sais d'où. Un Grec
chercheraient leur salut, chacun de son côté, dans une fuite furtive. A peine l'eut-il entendu, que, sans soupçonner là une ruse de Grec ni la jalousie des dieux, Xerxès à tous ses chefs d'escadre déclare ceci : quand le soleil aura cessé
d'échauffer la terre de ses rayons et que l'ombre aura pris possession de l'éther sacré, ils disposeront le gros de leurs navires sur trois rangs, pour garder les issues et les passes grondantes, tandis que d'autres, l'enveloppant, bloqueront l'île d'Ajax
male mort et trouvent sur la mer une voie d'évasion furtive, tous auront la tête tranchée : ainsi en ordonne le Roi. Un cœur trop confiant lui dictait tous ces mots : il ignorait l'avenir que lui ménageaient les dieux ! Eux, sans
désordre, l'âme docile, préparent leur repas ; chaque marin lie sa rame au tolet qui la soutiendra ; et, à l'heure où s'est éteinte la clarté du jour et où se lève la nuit, tous les maîtres de rame
tous les hommes d'armes
s'encourage sur chaque vaisseau long. Chacun vogue à son rang, et, la nuit entière, les chefs de la flotte font croiser toute l'armée navale. La nuit se passe, sans que la
flotte grecque tente de sortie furtive. Mais, quand le jour aux blancs coursiers épand sa clarté sur la terre, voici que, sonore, une clameur s'élève du côté des Grecs, modulée comme un hymne, cependant que l'écho des rochers de
l'île en répète l'éclat. Et la terreur alors saisit tous les barbares, déçus dans leur attente ; car ce n'était pas pour fuir que les Grecs entonnaient ce péan solennel, mais bien pour marcher au combat, pleins de valeureuse assurance ;
et les appels
première, en bon ordre
des dieux de vos pères et les tombeaux de vos aïeux : c'est la lutte suprême ! » Et voici que de notre côté un bourdonnement en langue perse leur répond : ce n'est plus le moment de tarder. Vaisseaux contre vaisseaux heurtent déjà leurs étraves de bronze. Un navire grec
signal de l'abordage : il tranche l'aplustre d'un bâtiment phénicien. Les autres mettent chacun le cap sur un autre adver-
saire. L'afflux des vaisseaux perses d'abord résistait ; mais leur multitude s'amassant dans une passe étroite
en choquant leurs faces de bronze, ils voient se briser l'appareil de leurs rames, et, alors, les trières grecques adroitement les enveloppent, les frappent ; les coques se renversent ; la mer disparaît toute sous un amas d'épaves,
de cadavres sanglants ; rivages, écueils, sont chargés de morts, et une fuite désordonnée emporte à toutes rames ce qui reste des vaisseaux barbares — tandis que les Grecs, comme s'il s'agissait de thons, de poissons vidés du filet,
frappent, assomment, avec des débris de rames, des fragments d'épaves ! Une plainte mêlée de sanglots règne seule sur la mer au large, jusqu'à l'heure où la nuit au sombre visage vient tout arrêter ! Quant à la somme de nos
pertes, quand je prendrais dix jours pour en dresser le compte, je ne saurais l'établir. Jamais,
Hélas ! quel océan de maux a débordé sur les Perses et sur toute la race barbare !
Sache-le bien : ce n'est même pas là la moitié de notre malheur. Un douloureux désastre s'est abattu sur eux, deux fois plus lourd que les maux déjà connus de toi
Et quel sort plus cruel pourrait-il être encore ? Quel nouveau désastre a, dis-moi, frappé notre
armée, pour accroître le poids de nos misères ?
Ceux qui, parmi les Perses, étaient à la fois en pleine vigueur, au premier rang pour le courage,
le plus en vue pour la naissance et, auprès du prince, des modèles constants de loyauté, ont succombé honteusement, de la plus ignominieuse mort.
Hélas ! infortunée, quel sort cruel, amis, est donc le mien ! Mais quelle est la mort dont ils auraient péri ?
Il est, dans les parages en avant de Salamine, une île étroite, sans mouillage, dont, seul, Pan, le dieu des chœurs, hante le rivage marin. C'est là que Xerxès les
envoie, afin que, si des naufragés ennemis étaient portés vers l'île, ils eussent à massacrer les Grecs, ici aisés à vaincre, en sauvant les leurs au contraire des courants de la mer. C'était bien mal connaître l'avenir ! Car, dès que le Ciel eut donné
la victoire à la flotte des Grecs, ceux-ci, le même jour, ayant cuirassé leurs poitrines d'airain, sautaient hors des vaisseaux et enveloppaient l'île entière, de façon que le Perse ne sût plus où se tourner. Et d'abord des milliers de pierres
parties de leurs mains l'accablaient, tandis que, jaillis de la corde de l'arc, des traits portaient la mort dans ses rangs. Enfin, bondissant d'un même élan, ils frappent, ils taillent en pièces les corps de ces malheureux, jusqu'à ce qu'à tous
ils eussent pris la vie. — Xerxès pousse une longue plainte devant ce gouffre de douleurs. Il avait pris place en un point d'où il découvrait toute l'armée, un tertre élevé près de la plaine marine
se précipite dans une fuite éperdue. —
Ah ! Destin ennemi, comme tu as déçu les Perses en leurs espérances ! Il a coûté cher à mon fils, le
châtiment qu'il est allé chercher pour l'illustre Athènes, au lieu de se contenter des innombrables Barbares qu'avait
tués déjà Marathon ! Il a cru en tirer vengeance, et son filet n'a ramené qu'une infinité de misères. — Mais, dis-moi, les nefs qui ont échappé au désastre, où les as-tu laissées ? Le peux-tu dire exactement ?
en toute hâte, profitant d'un bon vent, ont pris la fuite en désordre. Le reste de l'armée, sur le sol de Béotie, déjà commençait à fondre. Les uns, autour de la clarté des sources
arrivons à passer en territoire phocidien et en Doride ; nous atteignons le golfe Maliaque, où le Sperchios fait boire à la plaine son eau bienfaisante. Le pays d'Achaïe, les villes thessaliennes nous voient arriver à court de vivres. Plus
d'un meurt là et de soif et de faim : les deux maux à la fois sont maintenant les nôtres ! Nous parvenons au pays des Magnètes et à la région macédonienne, au cours de l'Axios, puis aux roseaux qui marquent le Bolbé, enfin au mont
Pangée, à la terre des Édoniens
cessé ses invocations, commence le passage du fleuve de
glace. Mais, seuls, ceux d'entre nous qui le franchirent avant que les rayons du dieu se fussent répandus sur la terre sont aujourd'hui vivants ; car le disque lumineux du soleil,
avec ses rayons éclatants pénétrant le cœur du fleuve, l'échauffe de sa flamme, et voici que les Perses tombent les uns après les autres : heureux qui le plus tôt perd le souffle et la vie ! Les autres, échappés à la mort, après une lente, pénible traversée de la Thrace, ont atteint la terre de leurs
foyers, poignée de survivants, qui invitent la Perse à gémir, à pleurer sur la jeunesse aimée sortie de son sol. Voilà la vérité ; et mon récit omet encore bien des malheurs parmi ceux que le Ciel a fait fondre sur les Perses
Ah ! divinité douloureuse, de quel poids t'es-tu donc abattue sur toute la race perse !
Hélas ! infortunée ! notre armée est détruite ! Ah ! trop claire vision de mes songes nocturnes, certes, tu avais été vraie en me montrant ces maux. Et
vous, vous en aviez jugé trop légèrement. Pourtant, puisque c'est en ce sens que votre avis s'est prononcé, je veux d'abord prier les dieux ; ensuite à la terre et aux morts je viendrai apporter une offrande choisie dans mon
palais. Je sais qu'il s'agit du passé : mais l'avenir ne peut-il nous réserver un sort meilleur ? Pour vous, il vous convient de réunir sur les événements les fidèles avis dus à de fidèles princes. Et, si mon fils arrive ici avant que je sois de
retour, consolez-le, escortez-le vers le palais — de peur qu'à nos malheurs il n'ajoute encore un malheur
innombrables, tu as enseveli Suse et Ecbatane dans un deuil ténébreux ! Et des milliers de femmes
dans la douleur qui les saisit ! Et les épouses perses, mollement
exhalent leur deuil en sanglots plus insatiables encore — cependant que moi-même, je célèbre ici le
Oui, l'heure est venue où l'Asie entière
gémit de se sentir vider. Xerxès les a emmenés, hélas ! Xerxès les a perdus, hélas ! Xerxès a tout conduit follement, hélas ! Xerxès et ses galiotes marines ! Ah ! pourquoi Darios fut-il,
lui, un roi si clément aux siens, Darios, l'archer, le chef
sombre azur, les nefs les ont emmenés, hélas ! les nefs les ont
perdus, hélas ! les nefs aux abordages de désastre ! les nefs et les bras des Ioniens ! C'est à peine si mon roi a pu seul
s'enfuir, à ce que j'entends, par les plaines de la Thrace et
frappés, tournoient autour des caps que protège Kykhreus
appel de douleur hurlante, ta voix misérable ! Cruellement meurtris des flots, hélas ! ils sont aussi déchirés par les muets enfants, hélas ! de l'Incorruptible
les vieux pères sans fils, gémissant de souffrances infinies, hélas ! apprennent à connaître la douleur totale.
Et de longtemps, sur la terre d'Asie, on n'obéira plus à la loi des Perses ;
impériale ; on ne tombera plus à genoux pour recevoir des
commandements : la force du Grand Roi n'est
Les langues mêmes ne sentiront plus de bâillon. Un peuple est délié et parle librement, sitôt qu'est détaché le joug de la
force. Dans son terreau sanglant, l'île d'Ajax que bat le flot retient au tombeau la puissance
Amis, quiconque a connu le malheur sait que, du jour où a passé sur eux une vague de maux, les
hommes vont sans cesse s'effrayant de tout, tandis qu'au milieu d'un destin prospère ils croient que le destin qui leur porte bonheur soufflera toujours. Pour moi, aujourd'hui, tout est plein d'effroi : à mes yeux se révèle l'hostilité des
dieux ; à mes oreilles monte une clameur mal faite pour guérir ma peine — si grande est l'épouvante qui terrifie mon cœur ! C'est pourquoi je reviens du palais ici, sans char, sans mon faste passé, afin d'apporter au père de mon
fils les libations apaisantes aux morts que mon amour lui offre
pure et joyeuse liqueur, sortie d'une mère sauvage, d'une
vigne antique ; ce fruit odorant de l'olivier blond, dont le feuillage vivace s'épanouit en toute saison ; et des fleurs en guirlandes, filles de la terre fertile. Allons, amis, sur ces
libations offertes à nos morts, faites retentir vos hymnes : évoquez le divin Darios, tandis que je
Reine que vénèrent les Perses, adresse donc tes libations aux demeures souterraines : nos hymnes, à nous, demanderont que ceux qui guident les morts nous soient cléments sous la terre.
Allons, saintes divinités des enfers, Terre, Hermès, et toi,
souverain des morts, faites remonter cette âme à la lumière. Si, mieux que nous, il sait le remède à nos maux, il peut, seul entre les hommes, nous révéler quand ils finiront.
appels gémissants, lugubres, où se mêlent tous les accents de la plainte ? Je clamerai
Allons, Terre, et vous, princes du monde infernal, laissez sortir de vos demeures l'être divin et superbe, le dieu, fils de
Suse, qu'adorent les Perses. Guidez vers la lumière celui
dont jamais la terre des Perses n'a encore recouvert l'égal.
au jour, ô Aïdôneus, le roi
Ce n'est pas lui qui perdait ses soldats dans des débâcles meurtrières ! Les Perses l'appelaient l'inspiré des dieux
c'est en inspiré des dieux qu'il
Antique monarque, antique monarque, ah ! viens, parais
au-dessus du faîte qui couronne ta tombe ; élève jusque-là
Viens apprendre de nouvelles, d'inouïes douleurs. Maître de mon maître
toute notre jeunesse a péri. Viens,
Hélas ! hélas ! ô mort que pleurent des milliers d'amis
Elles ont péri, nos nefs à triple rang de rames, nos nefs
qui ne navigueront plus !
O fidèles entre les fidèles, compagnons de ma jeunesse, vieillards perses, quelle souffrance souffre donc ma cité ? Elle gémit, se frappe le sein, et aussitôt le sol se fend
m'alarme et de tout cœur j'accueille ses libations. Cependant vous vous lamentez autour de cette tombe et vos plaintes aiguës, évocatrices des morts, pitoyablement m'appellent. Il n'est point aisé
d'en bas savent mieux prendre
Je n'ose te regarder ; je n'ose te parler en face : l'effroi de jadis
C'est pour obéir à ta plainte que je suis remonté au jour : renonce à un langage qui nous retarderait. En termes brefs, achève de tout dire et quitte le respect que tu as eu pour moi.
J'ai peur de te satisfaire ; j'ai peur de te parler en face, pour prononcer des mots cruels à ceux que j'aime.
Eh bien ! si la crainte ancienne possède encore ton âme et te retient ainsi, à toi, vieille compagne de ma couche, à toi, ma noble épouse, d'arrêter tes pleurs, tes
sanglots, et de me dire la vérité. Des maux humains peuvent toujours atteindre des mortels. Les malheurs par milliers sortent de la mer, par milliers de la terre, pour ceux dont la vie
O toi dont l'heureuse fortune a dépassé la félicité de tous les mortels — puisque, aussi longtemps que
tu as vu les rayons du soleil, tu as vécu, envié des Perses, une vie de béatitude pareille à celle d'un dieu, et qu'aujourd'hui encore je dois t'envier d'être mort avant d'avoir vu s'ouvrir l'abîme de nos douleurs — tu vas tout savoir en peu de mots, Darios : la puissance perse, je puis le dire, est anéantie.
Et comment ? est-ce la famine, est-ce la guerre civile qui s'est abattue sur l'État ?
Non, mais près d'Athènes notre armée a péri tout entière.
Quel de mes fils a donc là-bas porté la guerre ?
L'impétueux Xerxès, en vidant les plaines de notre continent.
Est-ce par terre ou mer qu'il a, le malheureux, tenté cette folie ?
Par les deux routes à la fois : ses deux armées offraient un double front.
Et comment telle armée de terre est-elle arrivée à franchir la mer ?
Il a jeté ses engins comme un joug sur le détroit d'Hellé, pour se faire un passage.
Il a été jusque là ! fermer le grand Bosphore !
Un dieu sans doute avait touché ses esprits.
Terrible dieu, pour l'avoir à ce point aveuglé !
Le dénouement en effet est là : quelle ruine il a consommée !
Mais qu'est-il advenu de nos troupes, pour que vous gémissiez ainsi ?
La débâcle de l'armée navale a perdu l'armée de terre.
Le désastre est-il si complet qu'un peuple entier ait péri au combat ?
Si complet que tout Suse pleure, désormais vide de ses hommes...
Hélas ! sur notre armée, notre bon soutien, notre réconfort !
que le peuple bactrien succombait, anéanti, et n'aura plus de vieillards...
Le malheureux ! quelle jeunesse il a pris à nos alliés !
Et que Xerxès, dit-on, seul, abandonné, avec de rares compagnons...
Comment et où a-t-il vu s'achever son sort ? est-il pour lui une chance de salut ?
— a été trop heureux d'atteindre le pont qui joignait les deux continents...
Et serait parvenu vivant en Asie : est-ce vrai ?
Oui, sur ce point, des rapports précis font foi, et nul désaccord.
Ah !
tomber l'achèvement des prophéties. Je me flattais qu'il faudrait aux dieux de longs jours pour les accomplir jusqu'au bout ; mais, quand un mortel s'emploie à sa perte, les dieux viennent l'y aider : aujourd'hui, c'est une source de malheurs qu'ont été se chercher les miens ; et c'est mon fils qui, sans comprendre, a fait cela dans sa jeune imprudence ! lui qui a conçu l'espoir d'arrêter dans son cours,
par des chaînes d'esclave, l'Hellespont sacré, le Bosphore où coule un dieu ! qui prétendait transformer un détroit et, en lui passant des entraves forgées au marteau, ouvrir une immense route à son immense armée ! Mortel, il a cru, en sa déraison, pouvoir triompher de tous les dieux
de Poséidon ! Peut-on nier qu'un vrai mal de l'esprit ne tînt là mon enfant ? J'ai peur que l'énorme richesse conquise par mon labeur ne soit plus pour les hommes qu'un butin offert aux plus prompts.
C'étaient là les leçons qu'au contact des méchants recevait le fougueux Xerxès. On lui répétait que
tu avais à la guerre conquis pour tes enfants une immense
fortune, tandis que lui, lâchement, guerroyait en chambre, sans chercher à accroître la prospérité paternelle. A entendre sans cesse les sarcasmes de ces méchants il a conçu l'idée de cette expédition, d'une campagne contre la Grèce
Aussi sont-ils bien les auteurs du désastre immense, inoubliable, qui a vidé cette cité de Suse comme aucun de ceux qui se sont jamais abattus sur elle, depuis le jour où sire Zeus a accordé à un seul homme le privilège de commander à toute l'Asie nourricière de brebis, ayant en mains
le sceptre qui dirige. Médos fut le premier chef du peuple en armes. Après lui, son fils acheva l'œuvre : la raison en lui gouvernait les passions. Le troisième après celui-là, Kyros, héros favorisé du sort, en prenant le pouvoir, établit la
paix entre les peuples frères, puis conquit la Lydie, la Phrygie et dompta par la force l'Ionie entière ; le Ciel ne lui était point hostile, car il était sage. Le fils de Kyros fut le quatrième chef de l'armée, et Mardis prit le pouvoir
le cinquième, opprobre de sa patrie et de ce trône antique, jusqu'au jour où le brave Artaphrénès le tua, par ruse, en son palais, aidé d'amis unis pour cette tâche. Et moi-même, quand le sort m'eut donné ce que je souhaitais,
j'entrepris bien des campagnes avec bien des armées : jamais pourtant je n'infligeai telle épreuve à mon pays. Mais mon fils Xerxès, jeune, pense en jeune homme et oublie mes avis. Sachez-le, en effet, ô mes compagnons,
même pris tous ensemble, nous ne saurions,
Mais alors, sire Darios, sur quelle conclusion s'arrêtent tes discours ? Comment, après cela, pourrons-nous, nous, Perses, agir au mieux ?
En ne portant plus la guerre sur la terre grecque, l'armée des Mèdes fût-elle encore plus forte : le sol lui-même se fait leur allié.
Que veux-tu dire ? Comment leur sert-il d'allié ?
En détruisant par la famine les multitudes trop nombreuses.
Mais nous lèverons un corps d'élite, armé à la légère.
Mais même l'armée à cette heure restée en pays grec n'obtiendra pas le salut du retour !
Qu'as-tu dit ? Toute l'armée barbare n'aurait donc pas franchi le détroit d'Hellé et quitté l'Europe ?
Elle demeure aux lieux où l'Asôpos arrose la plaine de ses eaux courantes, nourricier aimé de la terre béotienne, et c'est là que les attendent les suprêmes souffrances, pour prix de leur démesure et de leur orgueil sacrilège : eux qui, venus sur la terre grecque, n'hésitaient point à
dépouiller les statues des dieux, à incendier les temples ; eux par qui des autels ont été détruits, des images divines, pêle-mêle, la tête en bas, renversées de leurs socles. Aussi, criminels, ils subissent des peines égales à leurs crimes et d'autres les attendent : l'édifice de leurs malheurs n'en
est pas même à son soubassement et va grandir encore ; tant doit être abondante la libation de sang que fera couler sur le sol de Platée la lance dorienne ! et des monceaux de morts, en un muet langage, jusqu'à la troisième génération, diront aux regards des hommes que nul mortel ne doit
nourrir de pensées au-dessus de sa condition mortelle. La démesure en mûrissant produit l'épi de l'erreur, et la moisson qu'on en lève n'est faite que de larmes. Gardez ce châtiment sans cesse dans les yeux ; souvenez-vous
d'Athènes et de la Grèce
prisant son destin pour en convoiter d'autres, faire crouler un immense bonheur. Zeus est le vengeur désigné des pensées trop superbes et s'en fait rendre de terribles comptes. Puisque Xerxès est si pauvre de sens, que vos sages
remontrances lui fassent donc la leçon, afin qu'il cesse d'offenser les dieux par une insolente audace. — Et toi, vieille mère chérie de Xerxès, rentre dans ton palais. Prends-y la plus brillante parure et va au-devant de ton fils : dans la douleur qu'il ressent de ses maux, ses vêtements aux
teintes multiples ne sont plus sur son corps que lambeaux déchirés. Calme-le par de bonnes paroles : tu es, je le sais, la seule dont il supportera la voix. Pour moi, je retourne aux ténèbres souterraines ; et vous, vieillards,
adieu ! Même au milieu des maux, accordez à vos âmes la joie que chaque jour vous offre : chez les morts, la richesse ne sert plus de rien.
O Destin, que de souffrances me pénètrent à la pensée de telles misères ! Mais le malheur qui surtout me point, c'est l'ignominie des vêtements qui maintenant couvrent le corps de mon fils. Je vais aller chercher dans le
palais une parure neuve ; puis j'essaierai de rencontrer mon enfant : je n'irai pas, dans le malheur, trahir ce que j'ai de plus cher.
Ah ! la grande, la belle vie faite à nos bonnes
sant, l'invincible, Darios égal aux dieux, régnait sur cette terre ! Surtout, nous montrions au monde
coutumier des sièges
lac strymonien
Et, en dehors de ce lac, celles qui, sur la terre ferme, portent ceinture de remparts ont obéi aussi à ce monarque.
Et les cités fièrement assises sur les bords du large détroit d'Hellé ; et le repli profond de la Propontide,
Et les îles baignées du flot, qui, groupées autour d'un cap marin, s'attachent à notre sol d'Asie, telles Lesbos, Samos, qui
nourrit l'olivier, Chios ; et aussi Paros, Naxos, Mycônos ; Andros enfin, voisine attachée à Ténos !
la mer entre deux continents
Salamine, dont la métropole aujourd'hui cause nos gémissements
Et les villes opulentes du domaine ionien, si peuplées de
Grecs ! Et cela, par sa seule pensée, appuyée sur l'infatigable vigueur de ses hommes d'armes, la foule confuse de ses auxiliaires ! Mais nous
ment clairement voulu des dieux et ployons sous les coups formidables que la guerre nous a portés sur les eaux
Hélas ! infortuné, quel sort d'horreur entre
tous imprévu ai-je donc rencontré ! De quel cœur cruel le Destin s'est abattu sur la race des Perses ! Misérable, que vais-je devenir ? Je sens se rompre la force de mes membres, quand je contemple ici les vieillards de ma ville. Ah ! que
n'ai-je été, moi aussi, ô Zeus, partageant le lot de mes guerriers morts, enseveli dans le trépas
Hélas ! ô roi, hélas ! sur notre belle armée ! et sur le vaste éclat de la puissance perse ! sur
cette parure aussi de guerriers, aujourd'hui fauchés du Destin !
Cette terre gémit sur la jeunesse sortie d'elle, massacrée par Xerxès, le pourvoyeur d'Hadès, qu'il va gavant de Perses. Descendus chez Hadès, des hommes par
milliers, fleur de ce pays, archers triomphants, foule innombrable et compacte, ont à jamais péri — pleurez, pleurez
blement, pitoyablement, a fléchi le genou.
C'est donc moi, hélas ! moi, lamentable et misérable, qui aurai été le fléau de ma
Pour saluer ton retour, je t'adresserai le cri qui parle de malheur, la plainte vouée au malheur du pleureur Mariandynien, le thrène noyé de larmes
Ah ! donnez donc cours à vos accents douloureux,
Oui, je donnerai cours à des accents gémissants, pour célébrer les coups inouïs qui t'ont frappé sur la mer ; je serai le pleureur d'un pays, d'une race : je crierai désormais ma larmoyante plainte !
L'Arès d'Ionie nous a tout ravi, l'Arès marin d'Ionie
donc est ce qui reste de la multitude des tiens ? Où sont tes lieutenants, Pharandakès, Sousas, Pélagôn, Dotamas et Agda-
batas, Psammis, Sousiskanès, qui naguère quittait Ecbatane
Perdus ! Je les laissais là-bas, tandis que, tombés d'une nef tyrienne, près des rives de Salamine, ils
allaient heurtant la rude falaise !
Las ! hélas ! Et
nobles aïeux, Memphis, Tharybis ? Et Masistras, Artembarès, Hystaichmas ? Réponds à mes demandes.
Malheur, malheur sur moi ! Ils ont contemplé
l'antique, l'odieuse Athènes ; puis, tous, d'un seul coup, hélas ! hélas ! misérables, les voilà palpitants sur la grève !
Et celui qui, par myriades
Perses, ton Œil
donc laissés, laissés ? Ah ! ah ! misères ! pour les Perses altiers douleurs plus que douloureuses !
Oui, tu réveilles en moi la nostalgie de mes
preux compagnons, avec tes mots affreux, affreux, cruels, plus que douloureux. Mon cœur crie au fond de mes membres !
Il en est bien d'autres qu'ici nous regrettons
encore : celui
l'insatiable lanceur de javelines, je m'étonne, je m'étonne de ne pas les voir derrière ton char à baldaquin
Ils ont
Ils ont péri, hélas ! ignominieusement !
Las ! las ! hélas ! hélas !
Hélas ! les dieux ont provoqué un désastre imprévu : avec quel éclat se révèle Até !
Nous voici frappés de quelle éternelle détresse
Nous voici frappés — il n'est que trop clair.
D'un revers inouï, d'un revers inouï.
Pour nous être heurtés — fâcheux coup du sort ! — aux marins d'Ionie ! Malheureux à la guerre est le peuple de Perse.
Certes ! Dans mon armée d'abord, mon innombrable armée, je me suis vu frappé.
Qu'en a-t-il survécu ? Elle était grande, la puissance des Perses.
Tu vois tout ce qui reste des forces que j'avais levées !
Je vois, je vois !
Que dis-tu ? qu'as-tu sauvé encore ?
Une réserve de traits.
Bien peu sur des milliers !
Nous voici sans défenseurs !
Le peuple d'Ionie ne fuit pas le combat.
Il n'est que trop brave ! Et mes yeux ont de plus contemplé un désastre imprévu.
Veux-tu dire la déroute de ta flotte de guerre ?
Et, à ce coup fatal, j'ai déchiré mes vêtements.
Hélas ! hélas !
Non, dis : « plus qu'hélas ! »
Oui, doubles et triples maux !
Douleur pour nous, joie pour nos ennemis.
Et notre force même a été brisée...
Me voilà démuni d'escorte !
— ... par la débâcle des nôtres
Pleure, pleure le désastre, et prends le chemin du palais.
Hélas ! hélas ! quel revers ! quel revers !
Crie pour répondre à mes cris.
Faveur misérable de misérables à des misérables !
Gémis en mêlant tes chants à mes chants.
Hélas ! trois fois hélas !
Hélas ! trois fois hélas ! Le coup certes est lourd ; mais voilà qui ajoute encore à
Frappe, frappe en cadence, et gémis, si tu me veux plaire.
Je suis inondé de pleurs, lamentablement.
Crie pour répondre à mes cris.
J'ai de quoi me le rappeler, ô maître.
Fais éclater tes sanglots.
Hélas ! trois fois hélas !
Hélas ! trois fois hélas ! Et des coups lugu-
bres, gémissants, las ! accompagneront ma plainte.
O douleurs, douleurs !
Ravage aussi le poil blanc de ta barbe.
A pleines mains, à pleines mains, lamentablement.
Pousse aussi une clameur aiguë.
Là encore, je t'obéirai.
Et de tes mains déchire le tissu qui couvre ton sein.
O
Arrache aussi tes cheveux en te lamentant sur l'armée.
A pleines mains, à pleines mains, lamentablement.
Mouille tes yeux de larmes.
J'en suis inondé.
Crie pour répondre à mes cris.
Las ! hélas !
Hélas ! hélas !
Hélas ! par la ville.
Hélas ! oui, oui, hélas !
Sanglotez, languissant cortège.
Hélas ! terre de Perse, douloureuse à nos pas !
Hélas ! hélas ! sur ceux qui ont péri — hélas !
péri par nos galiotes à triple rang de rames.
Oui, je t'escorterai de mes sanglots lugubres.