For scholarly use; verify rights against the source edition and repository policy.
This pointer pattern extracts translation line markers
et ces astres surtout qui apportent aux hommes et l'hiver et l'été, princes lumineux des feux de l'Éther, dont je sais et les levers et les déclins. Et me voici encore épiant le signal du flambeau, la lueur enflammée qui, de Troie, nous
portera la nouvelle, le mot victorieux : ainsi commande un cœur impatient de femme aux mâles desseins. Mais, lorsque je suis là, sur cette couche pénétrée de rosée, qui me retient la nuit loin de mon toit, qui ne connaît point, elle, la visite des songes — car, au lieu du sommeil, c'est
la peur qui seule s'en approche et me défend de joindre mes paupières pour un sommeil paisible — quand je veux donc chanter ou fredonner, me faire avec des refrains un remède contre la torpeur, alors j'éclate en sanglots, déplorant le sort de cette maison, où ne règne plus le bel ordre
d'antan. Ah ! puisse donc luire aujourd'hui l'heureuse fin de mes peines et le feu messager de joie illuminer les ténèbres !
Salut, flambeau, qui fais naître le jour au milieu de la
nuit et d'innombrables chœurs se former dans Argos pour fêter le succès !
Iou ! iou ! je préviens à grands cris la femme d'Agamemnon, pour que, levée en hâte de sa couche, elle fasse, en réponse à ce flambeau, monter de ce palais un long cri
d'allégresse : Ilion est prise, le signal de feu est là qui le proclame. Et c'est moi le premier qui, en dansant, vais ouvrir la fête. Les bons coups de mes maîtres, je les porte à mon compte : avec ce fanal-là, j'amène trois fois six
soulever de ma main sa main chérie. Je n'en dis pas plus : un bœuf énorme est sur ma langue. Si la voix lui était donnée, ce palais, de lui-même, dirait l'entière vérité. Moi, si je parle à ceux qui savent, pour les autres, exprès, j'oublie tout
Voici dix ans déjà
argienne de mille vaisseaux, pour prêter à leur cause le secours des armes.
Terribles, ils criaient la guerre du fond de leur cœur
irrité, semblables aux vautours qui, éperdus du deuil de
leur couvée, tournoient au-dessus de l'aire, battant l'espace à grands battements d'ailes, frustrés de la peine prise à garder leurs petits au nid.
Et au-dessus d'eux, une divinité — est-ce Apollon, ou Pan, ou Zeus ? — entendant, clamée en langue d'oiseau, la plainte aiguë de ces hôtes du ciel
Ainsi le puissant Zeus Hospitalier
sans trêve, des genoux toucher la poussière, des lances se briser dès l'entrée au combat, selon le lot que Zeus réserve aux Troyens et aux Danaens à la fois
Dans quelque voie qu'à cette heure marche l'avenir, son but est fixé par le sort
dessous, d'huile par-dessus : rien n'apaisera l'inflexible courroux des offrandes dont la flamme ne veut pas
Pour nous, dont le vieux corps ne peut payer sa dette et que l'armée partie pour soutenir nos droits a laissés
derrière elle, nous demeurons ici, guidant sur un bâton des forces pareilles à celles de l'enfance. La sève qui monte en de jeunes poitrines est toute pareille à celle des
vieillards : Arès n'est pas là chez lui ! Et, de même, qu'est-ce qu'un très vieil homme, quand son feuillage
se flétrit ? Il marche sur trois pieds et, sans plus de
A toi de parler, fille de Tyndare, reine Clytemnestre : qu'y a-t-il ? qu'as-tu donc appris ? sur la foi de quel message tes ordres vont-ils partout provoquer des sacrifices ?
Tous les dieux de la ville, dieux du ciel et des enfers, dieux de la maison et de la place publique
Et, de tous côtés, jaillit jusqu'au ciel, au stimulant appel d'une huile sainte dont la douceur n'est pas trompeuse
De tout cela daigne me dire ce qu'il m'est possible et permis d'apprendre, et guéris mon âme anxieuse, qui
Je puis dire du moins quel tout-puissant présage salua le départ de nos hommes en pleine vigueur — les dieux laissent encore une force à notre âge, la foi qu'inspirent ses chants —
Et comment les deux puissants rois des Achéens, dont les volontés unies commandent à la jeunesse grecque, lance et bras prêts à la vengeance, sont partis pour la Teucride
accompagnés d'un présage guerrier : deux rois des oiseaux apparus aux rois des nefs, l'un tout noir, l'autre
Ils apparurent près du palais, du côté du bras qui brandit
la lance, perchés bien en vue, en train de dévorer, avec toute sa portée, une hase pleine,
frustrée des chances d'une dernière course
Dis le chant lugubre, lugubre ; mais que triomphe le sort heureux !
Et, à cette vue, le sage devin de l'armée, dans ces belliqueux dévoreurs de lièvres, reconnut soudain les deux fils d'Atrée aux vouloirs pareils, les chefs mêmes de l'expédition !
Et il dit, interprétant le prodige :
« Oui, avec le temps, ils s'empareront de Troie, ceux qui partent à cette heure, et les trésors d'antan que derrière ses
remparts tout un peuple amassa, le Destin, brutal, les mettra à sac.
Mais prenez garde que quelque dépit divin ne vienne, prenant les devants, frapper et couvrir de
L'armée ici prête. Car, émue de pitié, la pure Artémis en veut aux chiens ailés de son père, qui ont immolé avant sa
délivrance la malheureuse hase avec sa portée :
Dis le chant lugubre, lugubre ; mais que triomphe le sort heureux !
Je m'arrête : c'est là tout ce qu'en sa bonté la Toute-Belle, qui met ses complaisances aussi bien dans les faibles fruits des lions farouches que dans les tendres nourrissons de
toutes les bêtes des champs, m'invite à expliquer des signes que ces oiseaux nous apportent — apparitions d'espoir et d'alarme à la fois !
Ah ! c'est le dieu qu'on invoque avec des cris aigus, c'est Péan que j'implore, pour qu'Artémis aux nefs des Danaens n'envoie pas de vents contraires, qui les arrêtent au port
dans une longue attente, exigeant à son tour un sacrifice monstrueux, dont la victime lui restera entière, qui fera naître la discorde au sein des familles et ne respectera même pas un époux. Car, prête à se redresser un jour terrible, une intendante perfide garde la maison, la Colère,
qui n'oublie pas et veut venger une enfant. » Tels furent les destins sinistres, joints à des
Zeus !... quel que soit son vrai nom, si celui-ci lui agrée, c'est
que Zeus propre à me décharger vraiment du poids de ma stérile angoisse.
Un dieu
tous les combats : quelque jour on ne dira plus qu'il a seulement existé. Un autre vint ensuite, qui trouva son vainqueur
célébrera le nom triomphant de Zeus aura la sagesse suprême.
Il a ouvert aux hommes les voies de la prudence, en leur donnant
reux remords
C'est ainsi qu'en ces temps-là l'aîné des
Achéens s'énervaient, arrêtés en vue de Chalcis, au milieu des brisants d'Aulis.
Les vents soufflaient du Strymon, portant avec eux les retards funestes, la famine, les mouillages périlleux, la
dispersion des équipages, l'usure des coques et des câbles, et, par des délais toujours renouvelés, déchiraient dans l'attente la fleur des Argiens.
du nom d'Artémis, vint encore proclamer un remède
Et l'aîné des rois parle ainsi : « Cruel est mon sort, si je me rebelle ; mais cruel est-il aussi, si je dois sacrifier mon enfant
mes mains paternelles au flot sanglant jailli d'une vierge égorgée. Est-il donc
ce sang virginal enchaîne les vents, avec ardeur, ardeur profonde, on peut le désirer sans crime. Qu'il tourne à notre salut ! »
Et, sous son front une fois ployé au joug du destin, un revirement se fait, impur, impie,
enfant pour aider une armée à reprendre une femme, ouvrir la mer à des vaisseaux !
comprendre sa faute ? c'est ce que les vieillards se demandent avec angoisse.
Ses prières, ses appels à son père, tout cela — même son âge virginal ! — elle le vit compté pour rien par ces chefs épris de guerre. Et, les dieux invoqués, le père aux servants fait un signe,
elle soit saisie, soulevée, cependant qu'un bâillon fermant sa belle bouche arrêtera toute imprécation sur les siens
de son regard va blesser de pitié chacun de ses bourreaux. Elle semble
voix pure de vierge aimante, entonnait pour la troisième libation
Ce qui a suivi, je ne l'ai point vu, je ne peux le dire. Mais l'art de Calchas n'est pas vain, et ce n'est qu'à celui qui a
souffert que la Justice accorde de comprendre. L'avenir, il
sera temps de le connaître, quand il arrivera au jour. Jusque-là, qu'il aille sa route ! autant vouloir gémir d'avance. Il se révélera assez clairement au soleil qui le verra naître.
Du moins puisse maintenant
Je suis venu rendre hommage à ton autorité, Clytemnestre : il est juste d'honorer une épouse
royale, quand est vide le trône de l'époux. Mais as-tu quelque heureuse nouvelle ? ou l'Espérance est-elle la douce messagère qui t'invite à sacrifier ? Je t'entendrai avec joie, mais, si tu te tais, ne saurai t'en vouloir.
Douce messagère, si le proverbe est
vrai, puisse l'être l'Aurore, fille de la Nuit douce
Comment ? Je comprends mal, tant j'ai de peine à croire.
Troie est aux mains des Grecs : parlé-je clairement ?
La joie pénètre en moi et me tire des larmes.
Oui, tes yeux disent bien tes loyaux sentiments.
Mais de cela,
Je l'ai — à moins qu'un dieu n'ait voulu me jouer.
glorifier les dieux : une joie digne de nos peines enfin nous est donnée.
O
d'esclavage où le Malheur les a tous faits prisonniers.
Oui, c'est Zeus Hospitalier
en deçà du but ou lancé au delà des astres, un vol inutile à travers l'espace.
voulu. Le Ciel ne daigne avoir souci, dit-on, des mortels qui foulent aux pieds le respect des choses sacrées. C'est là
langage d'impie. La Ruine se révèle fille des audaces interdites, chez ceux qui respirent un orgueil coupable, du jour où leur maison déborde d'opulence
suprême ; souhaitons fortune sans péril qui suffise à une âme sage.
Nul rempart ne
périra.
Il subit les violences d'une funeste Persuasion
il apparaît à tous les yeux. Et lui, telle une mauvaise monnaie, noircie par l'usage et les heurts, il subit la peine due à qui, pour suivre, pareil à l'enfant, un oiseau qui vole
sa ville une effroyable disgrâce : aucun dieu n'écoute ses prières ; s'il s'est complu à de tels crimes, le coupable est anéanti.
C'est ainsi que Pâris, entré sous le toit des
Atrides, souilla la table de son hôte par un rapt adultère.
Laissant à son pays vaisseaux à
à froisser dans les mêlées, apportant pour dot à Ilion la mort
Les devins du palais profondément gémissaient et disaient :
« Las ! las ! palais, palais et princes ! Las ! las ! épouse partie sur les pas d'un amant ! Nous voyons déjà
L'amour le veut : seul le fantôme de celle qui est outre-mer semblera désormais
La grâce des belles statues n'est plus qu'odieuse à l'époux : elles n'ont pas de regard, tout leur charme amoureux a fui.
Et, dans ses rêves, des apparitions douloureuses ne lui apportent que vaines joies ; car c'est bien vanité, si du bonheur
qu'on croit voir la vision glisse rapide entre vos bras, pour s'enfuir à tire d'ailes sur le sillage du sommeil
le deuil règne, pour chacune accablant. Une pensée obsédante, en tout cas, point les cœurs.
On se rappelle le visage de ceux que
l'on a vus partir ;
Arès, changeur de mort
d'hommes de la cendre, que dans des vases il entasse aisément ! On gémit, en vantant tel guerrier si habile au combat, tel autre glorieusement tombé dans la lutte sanglante — pour
une femme qui ne lui était rien ; mais cela, à voix basse, et la douleur sourdement
D'autres, autour des murs mêmes qui les ont vus lutter, reposent, corps intacts
Le renom est lourd que vous fait le courroux de tout un
pays ; il faut qu'il paye sa dette à la malédiction du peuple
Érinyes, avec le cours des changeantes années, anéantissent un jour celui dont le bonheur offensait la justice, et en
ceux qu'elles détruisent nulle force ne subsiste plus. Trop grande gloire est périlleuse : ce sont
Je veux que mon bonheur n'excite pas l'envie : puissé-je n'être, moi, ni destructeur de villes, ni
esclave soumis aux caprices d'autrui !
L'heureuse nouvelle apportée par le courrier de feu se répand rapide à travers la ville ; mais est-ce vérité ou men-
songe divin, qui le pourrait dire ?
Est-il un homme assez enfant ou d'esprit assez troublé pour s'enflammer d'espoir
Il est bien du gouvernement d'une femme d'applaudir à ses vœux plus qu'à la réalité. Trop crédule en son désir la femme va très vite au delà des faits ; mais très vite aussi périssent les nouvelles qu'a proclamées sa voix.
Nous saurons bientôt si ces flambeaux éclatants, avec leurs signaux et leurs relais de feu, ont dit la vérité, ou si la lueur séduisante d'un songe est venue seule éblouir nos esprits. Je vois du rivage s'avancer un héraut, le front ombragé de rameaux d'olivier, et la sœur
de la boue, sa jumelle altérée, la poussière, m'en est ici garante : ce n'est plus par un muet langage, la fumée ardente d'un feu de bois flambant sur une cime, qu'il te va signifier son message ; mais, en termes clairs, sa voix nous invitera, ou bien à donner encore plus libre cours à
notre allégresse, ou au contraire — ah ! l'idée me fait horreur !... Que des succès s'ajoutent aux succès qui nous luisent déjà ! Si quelqu'un fait ici d'autres vœux pour la ville, qu'il recueille le fruit du crime de son cœur !
Ah ! terre de mes pères, pays d'Argolide,
après dix ans, elle a donc lui, l'heure où je te revois ! Pour tant d'espoirs brisés, un seul a tenu bon. Je ne me flattais plus d'obtenir à ma mort le lot, qui me semblait si doux, d'une tombe en terre argienne. Salut donc, ô patrie ; salut, lumière du soleil, et toi, Zeus, qui d'en haut veilles
sur cette terre, et toi, seigneur de Pythô, archer dont les traits, j'espère, ne sont plus pour nous ; assez longtemps, près du Scamandre, tu fis notre détresse : aujourd'hui sois pour nous salut et guérison, ô sire Apollon ! Je vous invoque aussi, tous, dieux de la cité, et toi, divin patron,
Hermès, héraut, cher orgueil des hérauts ; et vous, ô demi-dieux, qui avez protégé le départ de l'armée, accueillez donc maintenant avec faveur ce qu'en a épargné la guerre
Ah ! palais de mes rois, demeure chérie ; sièges augustes
le roi Agamemnon. Faites-lui donc tous fête : il le mérite bien, le destructeur de Troie, à qui Zeus a prêté son hoyau justicier pour retourner le sol, détruire les autels et les temples des dieux, anéantir la race entière du pays.
C'est ainsi qu'il a passé le joug sur le cou d'Ilion, le roi qui nous revient, aîné des fils d'Atrée, héros favorisé du sort, et de tous les vivants le plus digne d'un culte. Pâris et sa cité, avec lui condamnée, ne pourront dire
et de vol
Sois heureux, cher héraut de l'armée achéenne.
Je suis heureux ; aux dieux j'abandonne ma vie.
Le regret du pays a travaillé ton âme ?
Crois-en les pleurs de joie qui remplissent mes yeux.
Vous connaissez alors le doux mal de nos cœurs.
Que dis-tu ? instruis-moi, que je comprenne mieux.
Vous brûliez du désir de qui vous désirait.
Cette terre pleurait ses fils qui la pleuraient ?
Et de mon cœur en deuil jaillissaient les sanglots.
Quelle amère souffrance occupait donc vos âmes ?
Depuis longtemps, me taire reste mon seul remède.
Voyant tes rois absents, tu redoutais quelqu'un ?
Comme à toi, la mort même me serait
un bienfait.
C'est que mes vœux aujourd'hui sont comblés. Mais, on peut bien le dire, tout ce qui se prolonge, à côté d'heureuses chances, comporte aussi quelques disgrâces : les dieux seuls voient sans souffrance s'écouler
leur vie éternelle. Si je vous disais nos fatigues, la pénible façon dont nous étions parqués, les passavants étroits où nous couchions sur la dure
l'ennemi et, du ciel, de la terre, la rosée des prés sur nous faisait pleuvoir un constant dommage, emplissant de vermine le poil de nos manteaux. — Et si l'on vous disait l'hiver, tueur d'oiseaux, l'hiver intolérable que nous faisait
la neige de l'Ida ! ou bien la torpeur de l'été, quand la mer à midi, nulle brise ne soulevant ses flots, sur sa couche retombe et s'endort ! — Mais pourquoi s'en attrister encore ? La misère est passée — bien passée ; les morts ne songent
plus à se lever de terre : à quoi bon compter les disparus, pour faire souffrir les vivants au rappel d'un sort hostile ? Mon avis, en tel cas, est de dire au passé un adieu sans retour. — Pour nous, les survivants de l'armée argienne, le
profit l'emporte et compense la peine. Aussi nous pouvons nous rendre gloire, en présence de ce Soleil qui survole la terre et les mers : « Conquérante de Troie, une armée
d'Argos a cloué dans leurs temples ces dépouilles vouées aux dieux de la Grèce, antique et éclatant trophée. » Il
faut qu'à ouïr ce bruit on célèbre Argos et ses capitaines ; et, en même temps, on rendra hommage à la faveur de Zeus, par qui le succès fut complet. J'ai tout
Je me rends à ton rapport, je l'avoue : on n'est jamais trop vieux pour aller à l'école de la vérité.
Mais c'est surtout cette maison, c'est Clytemnestre que touchent ces nouvelles : je n'ai droit qu'à une part du trésor qui lui appartient.
Il y a longtemps déjà que j'ai poussé un long cri d'allégresse, quand, le premier, arriva dans la nuit le messager de feu annonçant la conquête et la ruine
de Troie. Alors, pleins de reproches, certains me disaient : « Pour des signaux de feu, te voilà donc certaine que Troie est maintenant une ville détruite ? Il est bien d'une femme de s'exalter ainsi ! » De tels propos me faisaient apparaître folle. Et, malgré tout, j'ordonnais des sacrifices, et le cri
rituel des femmes, mes gens
qu'à recevoir du mieux qu'il m'est possible l'époux respecté qui rentre en sa demeure. Quel soleil luit plus doux à une femme que la joie d'ouvrir les portes toutes grandes au mari que les dieux ont sauvé de la guerre. A mon époux
rapporte bien ceci : « Qu'il se hâte de répondre aux désirs de sa cité ! Qu'il vienne retrouver aussi dans sa maison, telle qu'il l'y laissa, une épouse fidèle, chienne de garde à lui
dévouée, farouche à ses ennemis, toujours la même en
tout et qui n'a point violé durant sa longue absence les dépôts confiés
Tu l'as entendue, comprends-la bien : pour un clairvoyant interprète, c'est un langage spécieux !
Mais, dis-moi, héraut : Et Ménélas ? puis-je savoir s'il a trouvé avec vous le salut et le retour, lui, le roi cher à ce pays.
Je ne puis inventer de séduisants mensonges, dont le profit pour vous, amis, soit bien durable.
Ah ! puisse joie pour nous être aussi vérité ! La joie qui n'est pas vraie vite est désabusée.
Le roi et son vaisseau ont tous deux
disparu de l'armée argienne : voilà la vérité.
Était-il donc parti d'Ilion devant vous ? ou un même ouragan vous a-t-il séparés ?
Comme un habile archer tu as touché le
but et résumé d'un mot un immense désastre.
Parmi vos compagnons dans la flotte des Grecs, le croyait-on vivant ou à jamais perdu ?
Personne n'en a plus de nouvelles certaines, si ce n'est le Soleil, nourricier de la terre.
Dis-moi donc l'ouragan que le courroux des dieux déchaîna sur la flotte et quel en
Il ne convient guère de souiller un jour de joie par un langage de deuil : chaque divinité veut être honorée à son heure. Quand un messager, la tristesse au front, vient apporter à sa ville l'abominable douleur de savoir son armée détruite ; quand il lui apprend qu'une
plaie à tous commune s'est ouverte aux flancs du pays, en même temps qu'à des foyers sans nombre des guerriers sans nombre ont été arrachés et voués au trépas, tout cela par le double aiguillon
messager chargé de pareilles douleurs il convient d'entonner, comme tu le demandes, le péan des Érinyes. Mais, entrant, messager de salut, dans une ville toute à la joie du triomphe, dois-je mêler la tristesse au bonheur, en vous contant une tempête qui ne peut que nous révéler des dieux
irrités contre nous. Nous avons vu, en effet, deux ennemis jusqu'ici irréconciliables, la mer et le feu, se conjurer et montrer leur alliance en détruisant la pauvre armée des Argiens. C'est dans la nuit qu'en vagues cruelles le malheur se levait pour nous. Le vent de Thrace choquait nos
vaisseaux les uns contre les autres. Eux, se heurtant de front avec violence, sous le déchaînement de la tourmente, sous le fouet de grêle de l'ouragan, pâtre de malheur
cadavres de Grecs et de débris de vaisseaux. Pour nous, notre nef gardait sa carène intacte. Qui l'avait dérobée à la mort ? qui avait obtenu sa grâce ? Une divinité — pas un homme à coup sûr — qui avait pris en mains son gouvernail : la Fortune Libératrice s'était plu à s'asseoir au banc du pilote et, grâce à elle, nous ne sentîmes, ni au
mouillage
douleur nouvelle : notre armée si durement meurtrie ! A cette heure même, s'il en reste sur terre un survivant, sans doute parle-t-il de nous comme de morts, tandis qu'ici nous lui prêtons même destin. Qu'il en soit pour le mieux !
Et Ménélas, d'abord et surtout, attends-toi à le voir reparaître ici. Ou, du moins, si un rayon de soleil le sait quelque part bien vivant et les yeux ouverts à la lumière
palais. Tu viens d'entendre, sache-le, l'entière vérité.
donna ce nom si vrai à l'épousée qu'entourent la discorde et la guerre, à Hélène
Elle est née en effet pour perdre les vaisseaux, les hommes et les villes, celle
qui, soulevant ses luxueuses courtines, s'est enfuie sur la mer au souffle puissant du zéphyr, cependant qu'innombrables, d'étranges
sans aller au delà, sans rester en deçà
te revient ? Tant de mortels, soucieux surtout d'apparences, dépassent la juste mesure !
L'homme malheureux trouve chacun prêt à gémir sur lui, sans que nul chagrin pénètre et morde les cœurs ; et, pour
se donner l'air de partager vos joies, plus d'un contraint au sourire un visage qui n'en voulait pas
saurais te le cacher, tu fus par moi classé comme extravagant et incapable de tenir le gouvernail de ta raison : sacrifie-t-on des guerriers pour ramener une impudique partie de son plein gré
Mais aujourd'hui, du fond du cœur, en ami vrai, à ceux qui ont mené leur tâche à bien,
Je dois saluer d'abord Argos et ses dieux : ils ont aidé à mon retour, comme au châtiment que
j'ai tiré de la cité de Priam. Les dieux n'ont pas laissé
plaider la cause : unanimement, ils ont été mettre dans l'urne sanglante un suffrage de ruine pour Troie et de mort pour ses guerriers. De l'urne de clémence
dans la cendre mourante d'où montent des vapeurs lourdes de sa richesse. C'est donc aux dieux que nous devons une gratitude fidèle, si nous avons tiré du rapt une vengeance sans mesure et si, pour une femme, une ville a péri sous le
monstre argien, issu des flancs d'un cheval, troupe au bouclier agile, qui, à l'heure où se couchent les Pléiades
dieux. Quant aux sentiments que tu as exprimés, je les retiens et les partage, et, avec toi, je le déclare : il est peu d'hommes enclins à rendre hommage, sans quelques mouvements d'envie, au succès d'un ami. Quand le poison de
haine a attaqué un cœur, c'est double souffrance pour celui qui le porte en soi : il sent le poids de ses propres malheurs et gémit au spectacle du bonheur d'autrui. Je sais ce dont je parle ; je connais le miroir de l'amitié :
elle s'est révélée le fantôme d'une ombre, l'affection de ceux que je croyais mes vrais amis ! Seul, Ulysse
contre son gré, une fois attelé, tira bravement la longe à mes côtés : qu'il soit mort ou vivant, je lui rends témoignage. Pour ce qui regarde la ville et les dieux, nous
ouvrirons dans l'assemblée des débats publics, et nous consulterons. Le bien, il faudra consulter comment le rendre durable et permanent. Mais là où besoin sera de remèdes salutaires, brûlant et taillant pour le bien de tous,
nous essaierons de détourner le fléau de la contagion. Pour l'instant, j'entrerai dans le palais et, au foyer de ma demeure, je saluerai d'abord les dieux qui, après m'avoir accompagné au loin, m'ont ramené ici. Et, puisque la Victoire a fini par suivre mes pas, qu'à jamais elle me
demeure fidèle !
Citoyens qu'on
cet homme fut sous Ilion. Pour une femme, rester au foyer, sans époux, délaissée, c'est déjà un mal affolant. Et, quand là-dessus vient un messager, puis un autre, toujours
portant pires nouvelles, et tous clamant du malheur pour la maison...! Si cet homme avait reçu autant de blessures que, par des canaux divers, le bruit en arrivait à sa maison, son corps aurait maintenant plus de plaies qu'un filet de mailles. Et, s'il était mort aussi souvent que les récits
allaient s'en multipliant, il pourrait se vanter, nouveau Géryon, d'avoir eu trois corps et donné à tous trois le
manteau de la tombe, en succombant tour à tour sous chacune de ces enveloppes
me firent suspendre plus d'une fois mon col à un lacet, auquel on ne m'arrachait qu'en usant de violence. Et c'est aussi pourquoi ton fils n'est pas ici, comme il eût convenu, Oreste, le garant de notre foi. Ne t'en étonne point : un
hôte ami élève, Strophios de Phocide
étant un besoin inné aux mortels. La ruse n'a pas place en de telles raisons.
yeux au cours des longues veilles où je pleurais sur toi, dans l'obstiné silence des signaux enflammés. Et, dans mes songes, le vol léger et harcelant du moucheron m'éveillait, les yeux encore pleins des maux que j'avais vus t'assaillir,
plus nombreux que les minutes de mon rêve
au matelot, la lumière si douce après la tempête, la source
vive qui désaltère le voyageur. Qui triomphe du sort goûte joie sans mélange : ces noms sont ceux qui lui conviennent.
Et que l'envie ici se taise : nous avons, pour cette joie, supporté assez de misères ! Et maintenant, tête chérie, descends de ce char, sans poser à terre, ô maître, ce pied qui renversa Troie. Que tardez-vous ? captives à qui j'avais confié le soin de joncher de tapis le sol qu'il doit fouler. Que
sur ses pas naisse un chemin de pourpre, par où la Justice le mène dans un séjour qui passe son attente
Fille de Léda, gardienne de mon foyer, ton discours s'est mesuré sur mon absence : tu l'as prolongé bien longtemps. Si des louanges nous sont dues, n'oublie pas que l'hommage nous en doit venir des autres. Et puis, ne m'entoure pas, à la manière d'une femme, d'un faste
amollissant ; ne m'accueille pas, ainsi qu'un barbare, genoux ployés, bouche hurlante ; ne jonche pas le sol d'étoffes, pour me faire un chemin qui éveille l'envie. Ce sont les dieux qu'il faut honorer de la sorte : mortel, je ne puis sans crainte marcher sur ces merveilles brodées. Je veux être
honoré en homme, non en dieu
vie s'est achevée dans la douce prospérité. Je le répète, ce que tu veux, je ne le puis faire sans appréhension.
Réponds-moi donc ici avec pleine franchise.
La franchise, de moi, toujours tu l'obtiendras.
Eusses-tu, en péril, fait tel vœu à des dieux ?
Si une voix autorisée me l'eût prescrit.
Victorieux, que crois-tu que Priam aurait fait ?
Je crois qu'il eût marché sur des tissus brodés.
De quoi donc as-tu peur ? Du blâme des mortels ?
De la voix de mon peuple : grande en est la puissance.
Qui n'est pas envié n'est pas digne de l'être.
La femme ne doit pas désirer le combat.
Même aux heureux il sied parfois d'être vaincus.
Tiendrais-tu, toi aussi, à vaincre en ce débat ?
Crois-moi, et laisse-moi de plein gré
Eh bien ! puisqu'ainsi tu le veux, qu'on
me délie promptement ces sandales, servantes du pied qui les chausse, et qu'au moment où je mettrai le pied sur ces tissus de pourpre, un regard envieux, de loin, ne tombe pas sur moi ! C'est une grande honte que de ruiner sa maison en gâchant sous ses pas un tel luxe d'étoffes
achetées à prix d'or... Mais assez là-dessus. Tu vois cette étrangère : accueille-la avec bonté. Pour qui commande avec douceur, les dieux ont, de loin, des regards complaisants. Nul ne porte aisément le joug de l'esclavage, et c'est
un joyau de choix entre maints trésors — un don de mon armée qui m'a suivi, moi. — Allons ! puisque je me suis laissé vaincre à tes paroles, je rentrerai donc au fond de mon palais en marchant sur la pourpre.
Il y a la mer — et qui l'épuisera ? —
la mer qui nourrit et toujours renouvelle la sève précieuse d'une pourpre infinie pour teindre nos étoffes. Grâces aux dieux, la maison, seigneur, est en état d'avoir de tout cela ; notre demeure ne connaît pas la pauvreté. J'eusse offert dans mes vœux bien d'autres étoffes à fouler aux pieds, si, dans les temples fatidiques, l'avis m'en eût été donné,
quand je m'évertuais à chercher comment racheter une vie si chère. Tant qu'il y a racine, le feuillage toujours revient sur la maison étendre son ombre protectrice de la canicule : de même, ton retour au foyer domestique, pour nous, c'est vraiment, en hiver, un retour de l'été ; et, dans les jours
Pourquoi cette épouvante qui se lève ainsi devant mon cœur prophète et, obstinément, vole autour de lui ? Pourquoi, sans ordre ni salaire, mon chant joue-t-il le
devin ? Pourquoi enfin ne puis-je pas cracher, comme on fait pour un songe obscur, et sentir une persuasive
se résigner à vivre du pain de l'esclave. Pour qui est, en tout cas, contraint à pareil sort, c'est une grande chance que de trouver des maîtres riches de vieille date. Ceux qui,
sans s'y attendre, ont fait belle récolte sont durs pour leurs esclaves, toujours, et rigoureux. De nous tu peux attendre les égards coutumiers.
C'est à toi qu'elle vient de parler, et en termes clairs. Tu es prise au filet du sort : obéis, si tu dois obéir — ou voudrais-tu désobéir ?
Si elle n'a pas un langage inconnu de barbare, comme l'hirondelle
Suis-la ; l'avis qu'elle te donne, dans ton état, est le meilleur. Obéis, quitte ton siège sur ce char.
Je n'ai pas le loisir de perdre mon temps ici à la porte. Déjà, au cœur de la maison, devant le foyer, les victimes sont prêtes, attendant le couteau. Si tu dois m'écouter, ne perds pas de temps. Si, fermée à
notre langage, tu n'entends pas mes raisons, à défaut de la voix, parle-nous en gestes barbares.
C'est d'un clairvoyant interprète que l'étrangère aurait besoin, je crois. Elle a les façons d'une bête qu'on viendrait de capturer.
Elle est folle à coup sûr et elle obéit
au délire, si, arrachée d'hier à sa ville conquise, elle ne sait porter le mors, sans exhaler sa fougue en écume
sanglante. Je ne subirai pas l'affront de gaspiller plus de mots.
Moi, j'ai trop de pitié pour me mettre en colère : allons ! malheureuse, abandonne ton char
Hélas ! ah ! terre et ciel ! Apollon ! Apollon !
Pourquoi gémir ainsi au nom de Loxias ? son culte ne veut pas du thrène funéraire.
Sa lugubre clameur invoque encore le dieu dont la place n'est point dans les chants de douleur.
pour la seconde fois.
Voudrait-elle prédire sa propre destinée ? Le souffle du dieu vit dans son âme d'esclave.
Celle d'Atrée ; je te le dis, si tu l'ignores ; tu peux le répéter sans crainte de mentir.
Ah !
L'étrangère, je crois, a le nez d'une chienne : elle flaire la piste
Ah ! j'en crois ces témoignages : ces enfants
que je vois pleurer sous le couteau (Accentué.) et
Va, nous connaissons tous ton renom prophétique ; mais de devin ici nous n'avons nul besoin.
Dieux ! que prépare-t-on là
Ce qu'elle prédit là, je ne puis le
saisir ; le reste m'est connu : tout le pays le crie.
fin... ? l'heure est proche, qui la verra — deux bras, l'un après l'autre, avidement se tendent pour frapper !
Je comprends moins encore : aux énigmes succèdent des oracles obscurs,
Ah ! horreur ! horreur ! que vois-je ? n'est-ce point un filet d'enfer
Pourquoi sur ce palais provoquer la clameur de l'Érinys ? ta voix cette fois m'épouvante.
Vers mon cœur se précipite un flot aux teintes jaunâtres,
Attention ! attention ! gare-toi de la vache ! Dans le piège d'un voile elle a pris le taureau aux cornes noires ; elle frappe, et il choit dans la baignoire pleine... Apprends l'histoire de la cuve traîtresse et sanglante.
Je ne suis certes pas grand connaisseur d'oracles ; mais, sous des mots pareils, je prévois un malheur.
D'un oracle, pour les mortels, sort-il jamais une nouvelle joyeuse ? C'est par des malheurs que
l'art verbeux des prophètes fait entendre le vrai sens de la terreur qu'il inspire.
Hélas ! hélas ! infortunée ! quel est mon malheureux destin ! C'est mon propre lot de douleurs
m'as-tu
Tu délires, jouet d'un dieu, pour chanter ainsi sur toi-même un chant si peu enchanteur ! Tel le rossignol fauve, jamais las d'appeler : « Itys ! Itys
hélas ! en son cœur douloureux, sur une vie trop riche de douleurs.
Hélas ! hélas ! n'évoque pas le sort du rossignol mélodieux ; d'un corps ailé les dieux l'ont revêtu ; (Accentué.) sa vie — n'étaient ses plaintes — ne serait
douceur : moi, je suis réservée au fer qui fend les fronts
Qui te révèle donc les catastrophes aveugles amassées ainsi par les dieux, et te fait moduler ces effrayants oracles à la fois en appels lugubres et en chants suraigus ?
Qui te révèle les mots sinistres dont se jalonne le chemin de tes prophéties ?
Las ! hymen, hymen
j'ai grandi sur tes rives, formée par tes soins. (Accentué.) Mais bientôt le Cocyte, les bords de l'Achéron m'entendront seuls prophétiser encore.
Ah ! quel est ce trop clair oracle ? un enfant, cette fois, comprendrait ! Je ressens comme une
morsure sanglante la pensée de ton douloureux destin, quand je t'entends clamer ces plaintives souffrances, qui déchirent mon propre cœur.
Las ! misères, misères de ma ville à jamais disparue !
hécatombes où mon père, pour sauver nos remparts, immolait par milliers les bœufs de nos prairies ! Et tout remède a été vain ! (Accentué.)
Cet oracle nouveau s'enchaîne aux précédents. Il faut qu'un dieu haineux se soit de tout son poids abattu sur ta tête, et te fasse lui-même chanter ces gémissantes et mortelles douleurs. Mais je me perds à deviner la fin.
Va, l'oracle maintenant ne se montrera plus à travers un voile
souffle éclatant, il va bondir au-devant du soleil qui monte et fera déferler vers sa lumière la vague d'un malheur plus terrible encore. Je vous instruirai alors sans énigmes ! En attendant, rendez-moi témoignage que, le nez sur la piste,
j'ai suivi sans écart la trace des
la bande joyeuse qui s'attarde en ce palais et ne s'en laisse pas aisément déloger, la bande des Érinyes de la race ! Attachées à cette demeure, elles y chantent le chant qui dit le crime initial
but ? ou l'ai-je manqué ? Suis-je une radoteuse qui va frappant de porte en porte avec de fausses prophéties ? Avant de le prétendre, commence par jurer que tu n'as jamais rien entendu dire des vieilles fautes de ce palais.
Ah ! l'assurance du serment le mieux assuré serait-elle donc un remède ? Mais j'admire comment,
élevée sur des rives lointaines, étrangère à notre langage, tu rencontres partout la vérité, comme si tes yeux l'avaient vue.
Apollon le devin m'a commis cette tâche.
Tout dieu qu'il est, l'amour l'avait-il donc blessé ?
J'aurais rougi jadis de parler de ces choses.
On
Il luttait pour m'avoir, tout embrasé d'amour.
Et, tout comme les autres, vous fîtes œuvre de chair ?
Je promis à Loxias et trahis mon serment.
Possédais-tu déjà l'art qui t'inspire ici ?
Je prédisais déjà ses maux à ma patrie.
Quoi ? le courroux du dieu ne te punit donc pas ?
Dès que je l'eus trompé, personne ne me crut.
Tes oracles pour nous ne sont que trop croyables !
Hélas ! hélas ! ah ! ah ! misères ! de nouveau le travail prophétique, terrible, me fait tourner sur moi-même et m'affole de son (horrible) refrain ! — Voyez ces jeunes hommes assis près du palais, pareils aux formes des songes : on dirait des enfants tués par des parents ; les
mains pleines de chairs — leur corps même offert en pâture ! — ils portent une pitoyable charge et d'entrailles et de viscères, qu'un père approcha de sa bouche ! Voilà, je vous le déclare, ce dont quelqu'un médite la vengeance, un lion
le lit, las ! y attend le retour du maître — mon maître, puisqu'il me faut porter un joug d'esclave. Et le chef de la flotte, le destructeur de Troie ne sait pas ce que l'odieuse chienne, dont la voix longuement dit et redit l'allégresse,
sournoise puissance de mort, lui prépare pour son malheur ! Telle est son effronterie ! Femelle tueuse du mâle, je vois en elle... De quel monstre odieux
mérite à cette mère en furie, sortie de l'Enfer, qui contre
tous les siens ne respire que guère sans trêve. Ah ! le cri de triomphe qu'elle a poussé, la scélérate : le cri du guerrier devant la déroute ennemie ! Et l'on s'imagine qu'elle exprime ainsi la joie d'un heureux retour ! — Mais, croyez-
moi ou non, peu m'importe ! ce qui doit être sera, et toi, qui bientôt vas en être témoin, plein de pitié, tu diras que j'étais trop véridique prophétesse.
Tu as parlé
sans images. Mais, au reste de tes propos, mon esprit, égaré, court hors de la carrière.
Je dis que tu verras la mort d'Agamemnon.
Ah ! tais-toi, malheureuse ! laisse dormir ta voix !
Nul ne saurait guérir les maux que je prédis.
S'ils doivent voir le jour ; mais les dieux nous en gardent !
Tu peux faire des vœux : eux, préparent le meurtre.
Quel homme apprête donc ce sacrilège infâme ?
Tu t'égares bien loin du sens de mes oracles.
Je ne vois pas comment s'y prendrait l'assassin.
Pourtant je sais parler la langue de la Grèce.
Loxias aussi : obscurs pourtant sont ses oracles.
Ah ! ah ! quel est ce feu ? Et il marche sur moi... Apollon Lykéios, pitié, pitié pour moi ! — C'est elle, la lionne à deux pieds qui dormait avec le loup en
l'absence du noble lion, c'est elle qui va me tuer, malheureuse ! Dans la coupe où elle brasse le poison, elle entend
à sa vengeance mélanger aussi mon salaire
telle dérision, ce bâton, ces bandelettes fatidiques tombant autour de mon cou ? Ah ! je te détruirai, avant de périr moi-même !
Soyez maudits : c'est ma revanche, à moi, de vous voir là, à terre. Allez donc enrichir de malheur une autre que moi ! Regardez ; c'est
Apollon lui-même qui me dépouille ici du manteau des prophètes, mais après s'être plu à me voir copieusement raillée sous cette parure et par mes amis et par mes ennemis, unanimement — et pour rien ! J'ai dû m'entendre appeler : « Vagabonde ! » comme une diseuse de bonne aventure, une pauvre
mendiante affamée. Et voici qu'aujourd'hui le prophète qui m'a fait prophétesse m'a lui-même conduite à ce destin de mort : au lieu de l'autel au palais d'un père, un billot m'attend, empourpré du sang chaud de mon égorgement ! — Mais les dieux du moins ne laisseront pas ma mort impunie ; un autre viendra, un vengeur, un fils né pour tuer une mère et faire payer le meurtre d'un père. Exilé, errant, banni de cette terre, il reviendra mettre ce couronnement à l'édifice de maux élevé pour les siens. L'appel suppliant de son père
abattu le conduira au but. Pourquoi dès lors, gémissante, m'apitoyer ainsi sur moi-même ? Puisqu'après avoir vu la ville d'Ilion traitée comme elle fut, je vois ses vainqueurs finir de la sorte par un décret du Ciel
serai forte et subirai la mort : les dieux n'en ont-ils pas juré un grand serment ? Je salue dans ces portes les portes de l'Enfer, et je ne souhaite plus qu'un coup bien porté, qui, sans convulsion, dans les flots d'un sang qui tue doucement, vienne fermer mes yeux.
sais où la mort t'attend, pourquoi, comme une génisse poussée par les dieux, marcher ainsi, bravement, à l'autel ?
Rien ne peut me sauver ; pourquoi gagner une heure ?
Mais de l'heure dernière le prix est infini.
Non, le jour est venu : quel profit ai-je à fuir ?
Sache que tel courage révèle une âme brave.
Voilà qu'on ne dit pas aux heureux de ce monde !
Mourir glorieusement est un bienfait des dieux.
Ah ! pitié sur toi, père, et sur tes nobles fils !
Qu'y a-t-il ? quelle crainte a ramené tes pas ?
Ah ! ah !
Pourquoi ce cri ? quel monstre se forge donc ton âme ?
Ce palais sent le meurtre et le sang répandu.
Dis qu'il sent les offrandes brûlées sur le foyer.
On dirait les vapeurs qui sortent d'un tombeau.
Tu lui prêtes un parfum qui n'a rien de l'encens !
Allons ! j'irai donc gémir jusque chez les ombres et sur moi et sur Agamemnon. Assez de cette vie !
Ah !
étrangers... Ne voyez pas en moi un oiseau qui pépie, effrayé, devant un buisson. Je veux seulement qu'après ma mort de tout ceci vous témoigniez pour moi, le jour où, pour prix de mon sang, le sang d'une femme, une femme aussi versera le sien, et où, pour prix d'un homme perdu par son épouse,
un homme tombera. C'est le présent que de mes hôtes j'implore à l'heure de mourir.
J'ai pitié, malheureuse, du sort que tu prévois.
Plus qu'un mot encore — je ne veux pas chanter mon propre thrène. Au soleil — face à sa clarté
suprême — j'adresse ma prière : puissent mes vengeurs comme mes meurtriers payer ensemble la dette
Ah ! triste sort des hommes ! Leur bonheur est pareil à un croquis léger ; vient le malheur : trois coups d'éponge humide, c'en est fait du dessin ! Et
c'est cela, plus encore que ceci
Du succès les mortels ne se rassasient jamais. Nul n'y renonce et, le doigt levé pour l'écarter de sa demeure, ne
lui dit : « N'entre plus ». C'est ainsi qu'à cet homme la grâce fut donnée par les dieux bienheureux de conquérir la cité de Priam ; et le voilà qui rentre en sa patrie comblé des faveurs du Ciel.
Mais, s'il doit maintenant payer le sang qu'ont répandu ses pères et, en mourant lui-même, après tant de morts,
provoquer d'autres morts, châtiment de la sienne,
Qui donc, qui donc, parmi les hommes, pourra, en l'apprenant, se flatter désormais d'être né pour un sort
Hélas ! un coup mortel
Écoutez ! qui crie là,
Hélas ! deux fois hélas ! encore un autre coup !
Mon avis, le voici : crier aux citoyens : « A l'aide ! ici, tous ! au palais ! »
Et le mien : y bondir nous-mêmes au plus vite et surprendre le crime l'épée sanglante encore.
Oui, je partagerai tout avis de ce genre : agir d'abord, ce n'est plus l'heure d'hésiter.
On peut attendre et voir ; ce
n'est là qu'un début, l'annonce de la tyrannie qu'ils préparent à la cité.
Parce que nous balançons ! Eux, foulent aux pieds la gloire d'hésiter et ne laissent pas s'endormir leurs bras.
Je ne sais vraiment quel conseil formuler ; même à qui veut agir il appartient de consulter d'abord.
C'est aussi mon avis : car je ne crois pas que des mots puissent ressusciter un mort.
Quoi donc ! uniquement pour prolonger nos jours, plier devant des maîtres qui souillent ce palais !
Intolérable honte ! mourir vaut
encore mieux ; la mort est plus douce que la tyrannie.
Oui, mais pourquoi, sans autre indice qu'une plainte, vouloir prophétiser la mort de notre roi !
Ce n'est que lorsqu'on sait que l'on doit s'indigner : conjecturer n'est pas savoir.
Ma voix donne du moins le nombre à cet avis : savoir exactement le sort
La nécessité tout à l'heure m'a dicté bien des mots : je ne rougirai pas de les démentir. Lorsque,
sur ceux qu'on hait en semblant les aimer, on se prépare à assouvir sa haine, est-il d'autre moyen de dresser assez haut les panneaux du Malheur pour qu'ils défient tout bond qui voudrait les franchir ? Cette rencontre-là, longtemps j'y ai songé : elle est donc venue, la revanche
enfin ! et je demeure où j'ai frappé : cette fois, c'est fini !
J'ai tout fait, je ne le nierai pas, pour qu'il ne pût ni fuir ni écarter la mort. C'est un réseau sans issue, un vrai filet à poissons que je tends autour de lui, une robe au faste perfide. Et je frappe deux fois : et, sans un
geste, en deux gémissements, il laisse aller ses membres ; et, quand il est à bas, je lui donne encore un troisième coup, offrande votive au Zeus Sauveur des morts qui règne sous la terre
m'inonde de ses noires gouttes, aussi douces pour mon
cœur que la bonne rosée de Zeus pour le germe au sein du bouton.
Voilà les faits, citoyens respectés dans Argos :
qu'ils vous plaisent ou non, moi, je m'en fais gloire ! Si même il était admis qu'on versât des libations sur un cadavre, ce serait bien justice ici — plus que justice même : tant cet homme avait pris plaisir en ce palais à remplir d'exécrations le cratère qu'à son retour il a dû lui-même vider d'un seul trait !
J'admire le langage de ta bouche effrontée : se glorifier ainsi aux dépens d'un époux !
Vous me tâtez, vous me croyez une femme irréfléchie ! Et je vous dis, moi, d'un cœur qui ne tremble pas, vous le savez bien : de vous, louange ou blâme, c'est tout un pour moi — Celui-ci est Agamemnon,
mon époux ; ma main en a fait un cadavre, et l'ouvrage est de bonne ouvrière. Voilà.
Quelle herbe empoisonnée nourrie des sucs terrestres
désormais tu es sans patrie, et la haine puissante de ta ville est sur toi.
Ainsi, tu me condamnes aujourd'hui à l'exil, à la haine d'Argos, aux
insouciant comme un homme qui prend une victime dans les brebis sans nombre de ses troupeaux laineux, il immolait sa propre fille, l'enfant chérie de mes entrailles — pour enchanter les vents de Thrace ! N'était-ce pas lui qu'il
fallait jeter hors de cette ville, afin qu'il payât ses souillures
maître ; mais, si le Ciel en décide autrement, de tardives leçons t'apprendront la sagesse.
Ton âme est orgueilleuse, ton langage insensé. Aussi bien,
pour son front ! Méprisée, privée d'amis, tu devras payer coup pour coup.
Et toi, veux-tu entendre l'arrêt de mes serments, à moi ? Non,
pas dans le palais, tant que, pour allumer le feu de mon foyer, Égisthe sera là et me gardera ses bontés. Il est le large bouclier en qui je mets mon assurance
Chryséis sous Ilion ! Et elle aussi, la captive, la devineresse, la voyante qu'il avait mise en son lit, la voilà donc, fidèle, partageant maintenant sa couche, comme elle avait déjà partagé son banc en mer ! Tous deux ont eu le sort qu'ils avaient mérité. Lui, est tombé sans un mot. Elle, au
contraire, comme un cygne, a gémi son suprême chant de mort, avant de s'étendre, amoureuse, à ses côtés ; et c'est à
moi que mon époux lui-même s'est trouvé l'avoir conduite,
Las ! quelle mort viendra, rapide, sans souffrance aiguë, sans lit d'agonie, apporter à nos cœurs le sommeil que rien n'interrompt ni ne termine, puisqu'il a succombé, celui dont la bonté veillait sur nous, celui qui tant souffrit pour une femme et, maintenant, par une femme perd la vie !
Tu as donné à ton œuvre un suprême, inoubliable couronnement, en répandant un
sang impossible à laver. Oui, c'était bien une Querelle
N'appelle pas
Hélène, en t'imaginant qu'elle ait, seule meurtrière, seule destructrice de Grecs par milliers, ouvert dans notre flanc une blessure qui ne
Génie, qui t'abats sur la maison et les têtes des deux petits-fils de Tantale, tu te sers de femmes
aux âmes pareilles
malheur, se flatte de chanter suivant l'usage son chant (de victoire)
Ah ! Hélène, folle Hélène, qui, seule, as détruit sous Troie des centaines, des milliers de vies !...
Tu as donné à ton œuvre un suprême, inoubliable couronnement, en répandant un sang impossible à laver. Oui, c'était bien une Querelle qui en ce temps habitait la maison, une Querelle appliquée à la perte d'un époux.
ancien, un abcès nouveau apparaît.
d'horreurs ! Las ! hélas ! Et cela, par Zeus, qui seul tout veut et tout achève ! Rien, sans Zeus, s'accomplit-il parmi les hommes ? Est-il ici rien qui ne soit œuvre des dieux ?
pleurer ? Du fond de ce cœur qui t'aime, quels mots t'adresser ?
Ton corps est là, gisant dans ces fils d'araignée, et ton âme s'exhale sous un coup sacrilège !
Las, hélas ! tu gis là sur
une couche indigne, dompté par une mort traîtresse, sous l'arme à deux tranchants brandie par
Tu prétends que c'est là mon ouvrage : n'en crois rien. Ne crois même pas que je sois la femme
d'Agamemnon. Sous la forme de l'épouse de ce mort, c'est l'antique, l'âpre Génie vengeur d'Atrée, du cruel amphitryon, qui a payé cette victime
Toi, innocente de ce meurtre ! qui trouveras-tu pour en témoigner ? Et comment ? comment ? Mais le Génie vengeur de cette race peut bien être ton complice. Si,
brutal, le noir Arès fait couler à flots le sang familial,
Ah ! mon roi, mon roi, comment te
pleurer ? Du fond de ce cœur qui t'aime, quels mots t'adresser ?
Ton corps est là gisant dans ces fils d'araignée, et ton âme s'exhale sous un coup sacrilège !
Las, hélas ! tu gis là sur
l'arme à deux tranchants brandie par une épouse !
Indigne, non ! son trépas même ne l'aura pas été. La mort perfide, n'est-ce pas lui qui l'a
jadis fait entrer dans sa demeure ? Au beau fruit que j'avais
de lui,
Je ne sais où j'en suis ; tout conseil sûr
échappe à mon angoisse : où me tourner, quand croule la maison ? Je tremble au bruissement de l'averse sanglante sous laquelle le palais s'effondre. Déjà c'est un déluge ! Et
le Destin, en vue d'un
Ah ! Terre, Terre, pourquoi n'est-ce pas moi que tu as reçu dans ton sein, avant que j'eusse vu
ce corps allongé dans le fond d'une baignoire d'argent ? Qui l'ensevelira ? qui chantera son thrène ? L'oseras-tu toi ? oseras-tu, après avoir tué ton époux, l'accompagner
de tes lamentations, et, pour rançon d'un atroce forfait, perfidement apporter
Et l'éloge funèbre, qui donc prendra soin de le répandre avec ses larmes sur la tombe de
ce héros, d'un cœur qui ne mente pas ?
Ce n'est pas à toi que ce souci revient. C'est par moi qu'il est tombé, qu'il est mort et qu'il sera
enseveli
sans lamentations des siens.
L'outrage répond à l'outrage : prononcer est tâche ardue. Qui prétendait prendre est pris, qui a tué paye sa dette. Une loi doit régner, tant que Zeus règnera : « Au coupable le châtiment
qui pourra donc extirper de ce palais le germe d'exécration ? La race est rivée au Malheur.
Ah ! Terre, Terre, pourquoi n'est-ce pas moi que tu as reçu dans ton sein, avant que j'eusse vu ce corps allongé dans le fond d'une baignoire d'argent ? Qui l'ensevelira ? qui chantera son thrène ? L'oseras-tu toi ? oseras-tu, après avoir tué ton époux, l'accompagner de tes lamentations, et, pour rançon d'un atroce forfait, perfidement apporter à son âme un hommage qui ne serait qu'un outrage ?
Et l'éloge funèbre, qui donc prendra soin de le répandre avec ses larmes sur la tombe de ce héros, d'un cœur qui ne mente pas ?
Tu viens enfin de proclamer la vérité. Du moins je veux, moi, échanger des serments
avec le Génie des Plisthénides
cette demeure, si j'arrive à bannir du palais cette fureur de mutuels homicides.
Ah ! la bonne lumière d'un soleil justicier ! Désormais je puis dire qu'il est, pour venger les mortels, des dieux qui, de là-haut, attachent leurs regards aux
forfaits de la terre, puisque aujourd'hui j'ai vu, dans des voiles tissés par les Érinyes, cet homme étendu, payant enfin, à ma profonde joie, les violences perfides d'un père. C'est Atrée, en effet, roi de ce palais et père de cet homme, qui, voyant Thyeste — mon père à moi, son
frère à lui, pour parler clair — lui disputer le trône, le bannit à la fois de sa ville et de sa maison. Revenu chez Atrée en suppliant de son foyer, le malheureux Thyeste y trouva sans doute un asile, puisqu'il ne fut pas tué sur place et que son sang ne coula pas sur le sol de ses pères.
Mais voici qu'en revanche, hôte plus empressé que sincère, le père impie de cet homme, Atrée, sous le prétexte de célébrer gaîment un jour de sacrifice, à mon père fait un festin avec les chairs de ses enfants ! Il brisait les pieds, les mains, avec leurs rangs de doigts ; par-dessus
assis seul à sa table.
Sur ces restes méconnaissables Thyeste, trompé, aussitôt étend la main et avale cette nourriture — funeste, tu le vois, à la race tout entière. Puis, comprenant trop tard le crime exécrable, il pousse un gémissement et tombe en arrière, crachant ces chairs égorgées. Sur les Pélo-
pides il appelle alors un destin d'horreur, et, pour accompagner son imprécation, renversant la table du pied : « Ainsi périsse, dit-il, toute la race de Plisthène ! »
Voilà pourquoi tu vois ici cet homme à terre. J'étais tout
désigné, moi, pour ourdir ce meurtre. Treizième enfant de mon malheureux père, Atrée m'exile avec lui, tout jeune, encore au berceau ; mais j'ai grandi, et la Justice m'a ramené dans ma patrie, et, sans franchir sa porte, j'ai su atteindre l'homme, en formant tous les nœuds du
complot qui l'a perdu. Aussi la mort même me semblerait douce, maintenant que je l'ai vu dans le filet de la Justice.
Égisthe, l'insolence dans le crime
seul, machiné
C'est toi qui, du dernier banc des rameurs, oses ainsi élever la voix qui commande donc à bord, sinon ceux qui sont sur le pont ? Malgré ton âge, tu vas
voir comme il est dur à un vieux d'être mis au dressage, quand l'ordre est d'être raisonnable. Pour dresser même la vieillesse, les fers, les tourments de la faim sont des magiciens sans rivaux. Tes yeux ne s'ouvrent pas à voir ce que tu vois ? Ne regimbe donc pas contre l'aiguillon : si tu t'enferres, il t'en cuira.
Et c'est toi — une femme ! puisque tu restes à la maison attendant que les hommes reviennent du combat — c'est toi qui tout ensemble souillas la couche d'un héros et machinas la mort d'un chef d'armée !
Voilà encore des mots qui vont faire naître des larmes. Ta voix est le contraire de la voix d'Orphée :
lui, par ses accents, enchaînait la nature charmée ; toi, pour nous provoquer par de sots hurlements, tu seras enchaîné, et la force t'apprivoisera.
Quoi ! je te verrais roi d'Argos, toi
qui machinas le meurtre de cet homme, sans même oser agir ni frapper de ton bras !
La ruse clairement revenait à la femme. Moi, le vieil ennemi, j'aurais été suspect. Mais, avec les biens de cet homme, je compte maintenant commander
aux citoyens. Le rebelle, je l'attellerai sous un joug pesant : qu'il ne compte pas être nourri d'orge comme un poulain de volée ! La faim cruelle associée aux ténèbres le verra devenir plus doux.
Et pourquoi, dans ta lâcheté, ne frappais-tu pas toi-même le héros ? pourquoi est-ce une
femme, souillure du pays et des dieux du pays, qui a été sa meurtrière ? Mais Oreste — Oreste ne vit-il pas toujours, pour revenir guidé par quelque heureuse chance et les tuer
C'est ainsi que tu prétends agir et parler :
eh bien ! tu vas voir... Allons ! gardes, voici de l'ouvrage.
Allons ! l'épée au poing ! tous en garde !
Soit ! je suis prêt à mourir aussi l'épée au poing.
Tu parles de mourir : j'y compte et cours ma chance !
Arrête, ô le plus cher des hommes, n'ajoutons pas aux maux présents. Nous avons lié déjà trop de gerbes de douleurs. C'est assez de misères ; n'entre-
prends plus rien : nous saignons encore ! Rentrez tous, sans retard, toi comme les vieillards, chacun dans la demeure que le Destin lui donne, sans infliger ni subir rien de fâcheux. Les choses sont ce qu'elles devaient être. Si ces maux pouvaient suffire, nous ne nous en plaindrions pas : le Génie aux lourdes serres nous a assez cruellement meurtris. Tel est l'avis d'une femme, si l'on croit devoir l'entendre.
Quoi ! ces gens contre moi déploieraient pareille insolence ! ils défieraient le sort en lançant tels propos ! ils perdraient le sens au point d'outrager leurs maîtres !...
Non, non, jamais Argos ne flattera un lâche !
Va, je saurai t'atteindre dans les jours qui viendront.
A moins qu'un dieu ne guide Oreste jusqu'à nous !
On sait que l'exilé se repaît d'espérances.
Courage ! l'heure est bonne : va, gave-toi de crimes !
Ah ! tu me paieras cher ta folie de ce jour.
Hardi donc ! fais le beau, coq auprès de ta poule !
Dédaigne ces vains aboiements. Maîtres de ce palais, toi avec moi, nous saurons bien rétablir l'ordre.