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récit. La troisième, à son tour, avouée de Thémis, sans
violence faite à personne, une autre Titanide, fille de la
Terre, s'y assit ensuite, Phoibé, et c'est elle qui l'offre,
en don de joyeuse naissance, à Phoibos — Phoibos, qui
doit à Phoibé ce surnom. Délaissant donc Délos, son lac
et sa croupe rocheuse, il s'en vient aborder aux rives de
Pallas, familières aux nefs
et reçoit ici le franc hommage du peuple et de son roi,
Delphos, pilote du pays. Et Zeus, lui emplissant le cœur
de divine science, l'assied sur ce siège, quatrième prophète :
Loxias, ici, parle pour Zeus son père. Voilà donc par
quels dieux commenceront mes prières.
jour où sa divinité conduisit au combat les Bacchantes
et à Penthée trama la mort d'un lièvre. J'invoque enfin et
les eaux du Pleistos, et Poseidon puissant, et Zeus Suprê-
me, sans qui rien ne s'achève, avant de prendre place,
prophétesse, sur mon siège. Daignent ces dieux bénir, au-
jourd'hui plus encore que jamais, mon entrée au saint lieu.
Si quelques pèlerins nous sont venus de Grèce, qu'ils s'ap-
prochent, ainsi qu'il est de règle, dans l'ordre indiqué par
le sort : je prophétise, moi, dans celui que me dicte le dieu.
tacle qui me rejette hors du temple de Loxias — si horrible
que me voici là impuissante, incapable de me tenir
droite, et que mes mains courent seules, pour mes jambes
alourdies. Une vieille qui prend peur est sans force; ou,
plutôt, ce n'est qu'une enfant. J'allais vers le lieu saint,
encombré d'offrandes, quand je vois près de l'Ombilic
entouré d'un épais réseau de bandelettes — une vraie toison
blanche, le mot sera plus clair. En face de l'homme, une
troupe étrange de femmes dort, assise sur les sièges. Mais
que dis-je, des femmes? Des Gorgones plutôt... Et encore,
non! ce n'est pas l'aspect des Gorgones que je rappro-
cherai du leur... J'ai bien vu naguère, en peinture, les
Harpyes ravissant le repas de Phinée
leurs yeux pleurent d'horribles pleurs
nourrie sans en être punie et regretter sa peine. Qu'en doit-
il advenir? je m'en remets au maître de cette demeure, à
Loxias tout puissant: il sait guérir par ses oracles, inter-
préter les prodiges, purifier
Non, je ne te trahirai pas; sans relâche,
veillant sur toi, à tes côtés comme de loin, je ne serai pas
tendre à tes ennemis. Déjà tu vois ici domptées ces furieuses.
Les voilà, vaincues par le sommeil, les vierges mau-
dites, les vieilles filles d'un antique passé, que jamais
n'approche dieu, homme ni bête. Nées pour le mal, elles
ont en partage l'Ombre, où se plaît le mal, et le Tartare
souterrain, exécrées et des hommes et des dieux de l'Olympe.
Fuis pourtant, ne te relâche pas. Elles vont te pour-
suivre à travers tout un continent, te chassant tour à tour
de chaque terre ouverte à tes pas vagabonds, puis par delà
la mer et les cités des îles. Mais ne te lasse pas de paître
ainsi ta peine, avant d'avoir atteint la cité de Pallas. Alors
tombe à genoux, étreins l'antique image, et là, avec des
juges, des mots apaisants, je saurai trouver le moyen de te
délivrer à jamais de tes peines. N'est-ce pas moi qui t'ai
décidé à percer le sein d'une mère ?
Sire Apollon, tu sais être juste : dès lors,
apprends aussi à être vigilant, et ta puissance est garante
de tes bienfaits.
Ne l'oublie pas, la peur ne doit pas abattre
ton âme. Et toi, frère, en qui coule le sang de notre père,
Hermès, veille sur lui.
Dormez donc à votre
aise : ah!
après le sort atroce que j'ai subi d'un fils, aucun dieu ne
s'indigne en faveur d'une mère qu'égorgea un bras parricide.
Vois : que ton cœur contemple mes plaies dans le som-
meil : l'âme mortelle est toute éclairée d'yeux, à qui le don de
voir est refusé quand vient le jour
ignorée de tous les autres dieux
vie, à moi
Ah! vous pouvez gronder! l'homme a disparu, lui, et
court au loin. Les miens ont à qui recourir — et moi, non!
Vraiment, tu dors trop, sans pitié pour ce que j'endure. Et mon assassin, le parricide Oreste, a disparu!
Tu cries, tu dors : allons vite, debout! T'aurait-on alloué
d'autre lot que de faire souffrir ?
Le sommeil, la fatigue, conjurés invincibles, ont épuisé la fougue du farouche dragon.
voir est refusé quand vient le jour
ignorée de tous les autres dieux
vie, à moi
Ah! vous pouvez gronder! l'homme a disparu, lui, et
court au loin. Les miens ont à qui recourir — et moi, non!
Vraiment, tu dors trop, sans pitié pour ce que j'endure. Et mon assassin, le parricide Oreste, a disparu!
Tu cries, tu dors : allons vite, debout! T'aurait-on alloué
d'autre lot que de faire souffrir ?
Le sommeil, la fatigue, conjurés invincibles, ont épuisé la fougue du farouche dragon.
Attrape! attrape! attrape!
Tu poursuis la bête en
songe et tu donnes de la voix comme un chien hanté sans
répit par le soin de sa besogne: qu'as-tu donc ? debout!
que la fatigue n'ait pas raison de toi! Ne va pas, amollie
par le sommeil, méconnaître le tort qui t'est fait. Laisse
ton cœur endurer de justes reproches : ce sont les aiguil-
lons du sage. Puis, sur cet homme, exhale ton haleine
sanglante, dessèche-le au souffle embrasé de ton sein. Suis-
le, exténue-le par une poursuite nouvelle.
Eh toi! réveille, réveille celle-là,
comme je fais pour toi. Tu
Ah! malheur! malheur! quelle souffrance,
amies!
J'ai déjà pourtant assez souffert pour rien.
Ah! la douloureuse souffrance! Las! l'intolérable peine!
La bête hors des rets a sauté et disparu.
A céder au sommeil j'ai perdu ma proie
Ah! fils de Zeus, tu n'es qu'un larron.
Tu es jeune, et tu écrases d'antiques divinités!
Et tu gardes tes respects pour le suppliant, l'impie
cruel à sa mère!
Tu es dieu, et tu nous veux dérober un parricide !
Qui trouverait là ombre de justice?
Voilà donc les façons de ces jeunes dieux, qui veulent
régner sur le monde sans souci de la Justice. Ah! le trône
ensanglanté
Le foyer de
l'y forçait? qui l'en priait? Il a passé outre à la loi
des dieux et, pour honorer des mortels, déchiré l'antique
partage
s'il fuit sous la terre, l'homme ne sera pas libéré. Avec sa
souillure, où il ira, il trouvera un vengeur
Dehors!
moi! Débarrasse le sanctuaire prophétique, si tu ne veux
que t'atteigne le serpent à l'aile blanche, qui, bondissant de
l'arc d'or, te fera cracher douloureusement la noire écume
que tu dois aux humains et rendre en lourds caillots tout
le sang que tu tiras d'eux. Il ne vous sied pas d'approcher
de cette demeure. Votre place est aux lieux où la justice
abat des têtes et arrache des yeux, où l'on ouvre des
gorges, où, pour tarir leur fécondité, la fleur de leur
jeunesse est ravie aux enfants, où on mutile, où on lapide,
et où gronde la longue plainte des hommes plantés sur le
pal. Voilà — entendez-vous, monstres en horreur aux
dieux ! — les fêtes qui font vos délices. Et tout votre
aspect y répond. C'est dans l'antre d'un lion buveur de
sang qu'il vous convient de vivre, au lieu de venir en ce
temple fatidique infliger votre souillure à autrui. Allez,
allez paître sans berger: d'un troupeau pareil nul dieu n'a
souci.
Sire Apollon, entends-moi à mon tour.
Tu es toi-même, non complice, mais bien seul, et de tout,
entièrement coupable.
Et comment? ne réponds qu'à ma seule question.
Ton oracle à ton hôte dicta le par- ricide.
Mon oracle lui dit : « Va, venge un père
Tu promis d'accueillir sa sanglante souillure.
Et lui dis de chercher ici son seul refuge.
Et, son cortège alors, pourquoi l'in- vectiver ?
C'est que cette demeure n'est pas faite pour lui.
Je ne fais rien pourtant que de remplir ma tâche.
Quel est donc ce beau rôle ? Va, chante m'en la gloire!
C'est nous qui, de leur toit, chassons
les parricides.
Et la femme qui tue son époux, celle là...?
Son crime n'a pas fait couler son propre sang.
Ah!
déesse de l'hymen. Et Cypris, ton bel argument la rejette
avec dédain, elle à qui les mortels doivent leurs plus
douces joies ! La couche nuptiale où le Destin unit l'homme
et la femme est sous la sauvegarde d'un droit plus puissant
que celui du serment. Si ta faiblesse est telle pour ceux
qui s'entretuent que tu ne leur accordes ni pensée ni regard
de courroux, moi, je déclare inique ta poursuite d'Oreste,
puisque, à côté de crimes que tu prends tant à cœur, il en
est donc d'autres dont tu es clairement moins pressée de
tirer vengeance. Pallas appréciera les droits des deux
parties.
Ne crois pas que jamais je renonce à
ma proie.
Poursuis-la donc; ajoute encore à tes fatigues.
Ne prétends pas d'un mot abolir mes honneurs.
Ce sont là des honneurs dont je ne voudrais pas!
Tu jouis bien de ta puissance, assis
aux côtés de Zeus : moi — le sang d'une mère me pousse —
je poursuivrai cet homme comme un chien à la piste.
Et moi, je défendrai, je sauverai celui qui m'implora. Terrible pour les dieux comme pour les mortels est le courroux du suppliant contre celui qui l'a sciemment trahi.
Souveraine Athéna, c'est sur l'ordre de
Loxias que je suis ici : accueille le maudit avec bienveil-
lance. Ce n'est plus un suppliant aux mains impures: ma
souillure s'est émoussée, s'est usée au contact des hommes
qui m'ont reçu à leur foyer ou rencontré sur les chemins,
dans ma course à travers la terre et la mer. Docile aux
commandements prophétiques de Loxias, j'arrive à ton
sanctuaire et, attaché, déesse, à ton image, j'attends ici
l'arrêt de la justice.
Bien! voici un clair indice: obéis aux
avis de ce dénonciateur muet. Comme un chien un faon
blessé, nous suivons l'homme à la piste du sang qu'il perd
goutte à goutte... Mais, sous tant de fatigues, mes membres
sont brisés, mon sein est haletant. Il n'est point de lieu sur la
terre où n'ait passé mon troupeau. Attachée à sa poursuite,
j'ai volé, sans ailes, par-dessus les flots, aussi vite qu'aucun
navire. Cette fois, il est ici tapi quelque part : l'odeur du
sang humain me rit
Prends garde, prends bien garde! examine
de tous côtés, si tu ne veux que le parricide, furtif, ne
t'échappe, laissant sa dette impayée.
Ah! il a, ma foi! encore trouvé un refuge! Les bras
jetés autour de la statue d'une déesse immortelle, il veut être
jugé pour l'acte de son bras.
Impossible! Le sang maternel une fois à terre, il n'est pas si aisé de le rappeler, hélas! Ce qui a, fluide, coulé sur le sol, est perdu pour jamais.
C'est toi qui, en revanche, dois, tout vif, fournir à ma
soif une rouge offrande puisée dans tes veines. Qu'en toi je
trouve à m'abreuver de cet atroce breuvage !
Desséché vivant, je t'entraînerai sous la terre, pour que
tu sois là, parricide, puni des peines que tu as méritées.
Tu verras là les sacrilèges qui ont (sciemment) offensé
divinité, hôte ou parent
Hadès, sous la terre, exige des humains de terribles
comptes, et son âme, qui voit tout, de
Instruit dans le malheur, je sais plus d'une
façon dont on peut se purifier, et je sais aussi bien où l'on
doit se taire et où l'on a droit de parler. Dans le cas pré-
sent j'ai reçu d'un sage maître l'ordre d'élever la voix. Le
sang sur ma main s'endort et s'efface; la souillure du parri-
cide est lavée. Elle était fraîche encore quand, au foyer de
Phoibos, l'offrande purificatrice d'un pourceau immolé l'a
chassée loin de moi. Et le compte entier serait long de
tous ceux que j'ai approchés, sans que mon contact leur
ait fait le moindre mal. Il n'est rien que le temps en
vieillissant n'efface
pays : qu'Athéna vienne à mon aide et, sans effort guer-
rier, elle conquerra Oreste et sa terre et le peuple d'Argos,
qui lui sera sûr allié, loyalement et pour toujours. Soit
donc qu'au pays libyen, près du fleuve Triton
qu'un hardi chef de guerre, la plaine de Phlégra
Non, pas plus qu'Apollon, la force
d'Athéna ne te sauvera. Tu périras, délaissé de tous, l'âme
à jamais désertée par la joie — ombre vidée de sang qui
aura repu des déesses. Tu ne réponds pas; tu rejettes
en crachant mes paroles, toi, victime engraissée pour mes
sacrifices! Tout vivant, sans égorgement à l'autel, tu me
fourniras mon festin. Et d'abord tu
Allons, nouons la chaîne dansante : nous voulons clamer
notre chant d'horreur,
Et dire comment notre troupe distribue leurs lots aux
mortels.
Nous nous estimons droites justicières et, quand un
homme étale des mains pures, jamais notre courroux ne
marche contre lui; il traverse la vie sans souffrance.
Mais, quand un criminel, pareil à celui-ci, cache ses
mains ensanglantées,
Témoins véridiques, nous venons au secours des morts,
et, devant lui,
O ma mère, mère Nuit, toi qui m'as
enfantée pour châtier également ceux qui voient la lumière
et ceux qui l'ont perdue
veut m'humilier, en m'arrachant ce lièvre
Mais, pour notre victime, voici le chant délire,
vertige où se perd la raison, voici l'hymne des Érinyes,
enchaîneur d'âmes, chant sans lyre, qui sèche les mortels
d'effroi
de faire escorte au mortel qu'une fureur a jeté dans les voies
du meurtre, jusqu'à ce qu'il descende aux enfers; et, pour lui,
la mort même ne sera pas — tant s'en faut! — la délivrance.
enchaîneur d'âmes, chant
Le sort, à notre naissance, nous attribua ce lot:
prendre part à nos banquets
J'ai pris pour moi la ruine des demeures où,
admis au foyer, Arès
Nous
de son audience l'engeance exécrable de tous ceux qu'a
tachés le sang.
((Fiévreux.) J'ai pris pour moi la ruine des demeures où,
admis au foyer, Arès frappe un frère. A sa poursuite
oh! nous bondissons et, si puissant qu'il soit, nous l'anéan- tissons sous sa souillure fraîche.)
Les gloires humaines les plus augustes sous les cieux
fondent et se perdent humiliées dans la terre sous l'assaut
de nos voiles noirs et
D'un pied puissant au plus haut je bondis, pour
retomber d'un poids plus lourd —
Il tombe et ne s'en doute pas, dans le délire qui le perd:
telle
maison, ainsi que le proclame une douloureuse rumeur
((Fiévreux) D'un pied puissant au plus haut je bondis, pour retomber d'un poids plus lourd et fugitifs de chanceler sous le faix pesant du malheur.)
Mon lot reste immuable : adresse et ténacité, mémoire
fidèle des crimes et cœur insensible aux pleurs des humains,
tout cela a été donné aux Redoutables
de poursuivre la tâche humble et méprisée, qui les tient éloi-
oh! nous bondissons et, si puissant qu'il soit, nous l'anéan- tissons sous sa souillure fraîche.)
Les gloires humaines les plus augustes sous les cieux
fondent et se perdent humiliées dans la terre sous l'assaut
de nos voiles noirs et les maléfices de nos pas dansants.
D'un pied puissant au plus haut je bondis, pour
retomber d'un poids plus lourd — et fugitifs de chanceler
sous le faix pesant du malheur
Il tombe et ne s'en doute pas, dans le délire qui le perd:
telle est la nuit que sa souillure, volant autour de lui, étend
sur ses yeux — cependant qu'une nuée sombre s'abat sur sa
maison, ainsi que le proclame une douloureuse rumeur
((Fiévreux) D'un pied puissant au plus haut je bondis, pour retomber d'un poids plus lourd et fugitifs de chanceler sous le faix pesant du malheur.)
Mon lot reste immuable : adresse et ténacité, mémoire
fidèle des crimes et cœur insensible aux pleurs des humains,
tout cela a été donné aux Redoutables
de poursuivre la tâche humble et méprisée, qui les tient éloi
gnées du Ciel, dans le bourbier
Quel mortel peut donc entendre sans respect ni tremblement
la loi que m'a fixée la Parque et qu'ont ratifiée les dieux? A
moi est réservé un antique apanage, et je ne suis pas
dépourvue d'honneurs, pour avoir ma place sous terre, dans
une nuit close au soleil.
J'ai
une riche part de leur butin de guerre et dont le sol désor-
mais est à moi, lot de choix accordé aux enfants de
Thésée
flée, char magique attelé de robustes coursiers
accroupi devant mon image; à vous aussi, qui ne ressem-
blez à nulle créature : les dieux ne vous voient point au
nombre des déesses, et vous n'avez rien de l'aspect des
mortelles... Mais insulter autrui, alors qu'on n'a rien à lui
reprocher, est acte d'injustice, éloigné d'équité.
Tu sauras tout en peu de mots, fille de Zeus : nous sommes les tristes enfants de la Nuit; dans les demeures souterraines on nous nomme les Imprécations.
Bien ! je sais votre race et le nom qu'on vous donne.
Apprends donc maintenant quels hon- neurs sont les miens.
Soit! si tu veux du moins parler un clair
langage.
C'est nous qui de son toit chassons le meurtrier.
Et, pour lui, à quel terme s'arrête la pour- suite ?
Au royaume où la joie jamais ne fut connue.
Voilà donc où vos cris prétendent traquer l'homme!
Oui, car il a osé égorger une mère.
Était-ce donc contrainte? ou peur d'une vengeance?
Quel aiguillon peut poindre jusques au parricide?
Je vois là deux parties, mais n'entends qu'une voix.
Ni de nous ni pour lui il ne veut de serment.
Tu veux passer pour juste plus que l'être
en effet.
Comment donc ? instruis-moi : tu es riche en sagesse.
Les serments ne font pas triompher l'injustice.
Fais ton enquête alors et juge droite- ment.
Vous me remettez donc le soin de pronon- cer.
Oui, pour te rendre ainsi
A cela, étranger, que veux-tu répondre à
ton tour? Mais dis-moi d'abord ton pays, ta race, tes
malheurs, avant de te défendre sur ce dont on t'accuse. Si
tu as vraiment foi dans la justice, quand tu te tiens assis
près de mon foyer, embrassant mon image, suppliant
respecté comme fut Ixion
Souveraine Athéna, je t'allégerai d'abord du
lourd souci qu'ont trahi tes derniers mots. Je ne suis pas
un être impur; ce n'est point une souillure aux mains que
je me suis assis aux pieds de ta statue. Je t'en fournirai
une bonne preuve. La loi, il est vrai, défend au meurtrier
d'élever la voix, mais jusqu'au jour seulement où, par les
soins d'un purificateur du sang répandu, le sang d'une jeune
bête égorgée a coulé sur lui. Et il y a longtemps déjà que
j'ai usé ma souillure au contact d'autres foyers et sur tous
les chemins de la terre et des mers. Aussi, je le répète,
écarte ce souci. Pour ma naissance, apprends-la sans tarder.
Je suis Argien, et mon père t'est bien connu, Agamemnon,
qui arma la flotte des Grecs et t'aida toi-même à faire une
cité de ruines de la cité des Troyens. Il a péri, ce roi, et
d'une mort indigne, quand il rentrait à son foyer. Ma mère
aux noirs desseins l'a tué, en l'enserrant dans un riche
filet, qui témoignait
conduite Loxias est responsable aussi, dont les oracles,
aiguillons de mon âme, ne me prédisaient que douleurs, si
je n'exécutais pas tous ses ordres contre les coupables
arrêt.
Si l'on
ma demeure, et que je te tiens aussi pour libre de tout tort
à l'égard de ma ville. Mais, de leur côté, celles-ci ont des
droits qu'on ne saurait écarter à la légère, et, si elles n'ob-
tiennent pas de voir triompher leur cause, sur le sol de ce
pays, plus tard, va s'abattre le trait de leur dépit, un
intolérable et triste fléau. J'en suis donc là : que je les
accueille ou que je les repousse, les deux me réservent
d'inévitables maux. Pourtant, puisque la chose en est
arrivée là, je vais ici faire choix de juges du sang versé;
un serment les obligera, et le tribunal qu'ainsi j'établirai
sera établi pour l'éternité. Vous, faites appel aux témoi-
gnages, aux indices, auxiliaires assermentés du droit
reviendrai, quand j'aurai distingué les meilleurs de ma
ville, pour qu'ils jugent en toute franchise, sans transgres-
ser leur serment
désormais le ton des licences permises. Mille bonnes blessures,
taillées dans leur chair par leurs propres fils, voilà le lot
réservé aux parents dans l'avenir qui vient!
Et cela,
auront cessé, elles aussi, de mettre aucun courroux en marche
contre de tels crimes. Au meurtre sous toutes ses formes, de
ce jour, je lâche la bride.
Les hommes iront alors se deman-
der l'un à l'autre — chacun ayant à la bouche le récit des
maux d'autrui — où donc trouver une fin, une trêve à telles
misères, et ne pourront, les malheureux, que se conseiller
vainement des remèdes
Que personne n'appelle à l'aide, quand le sort le frappera,
et ne clame : « O Justice! ô trônes des Érinyes! » Cette
plainte gémissante, ceux qui la gémiront peut-être, ce seront
un père, une mère, victimes d'un sort
Il est des cas où l'Effroi est utile et, vigilant gardien des
cœurs, y doit siéger en permanence
être sage à l'école de la douleur. Qui donc, homme ou cité,
s'il n'est rien sous le ciel dont la crainte habite en son âme,
garderait le respect qu'il doit à la Justice?
Ne consens pas plus à vivre
pouvoir capricieux
Je le répète aussi, et c'est la loi suprême : vénère l'autel
de la Justice
inéluctable reste le dénoûment. Ainsi donc observe avant tout
le respect
Qui, de soi-même, sans contrainte, sait être juste, n'igno-
rera pas le bonheur et jamais ne périra tout entier. Mais le
rebelle audacieux, dont la cargaison criminelle est faite de
trésors pêle-mêle amassés
jour, j'en réponds, se verra forcé d'amener sa voile, quand
l'angoisse le saisira devant l'antenne qui se brise.
Il appelle — sans qu'on l'écoute dans l'étreinte du
tourbillon irrésistible. Et le Ciel rit
le pleure, le voilà mort, anéanti.
Héraut, fais ton office, en contenant la foule.
Et que, jusqu'au ciel la trompette perçante d'Étrurie
aux oreilles du peuple éclater sa voix aiguë. A l'heure où
ce Conseil s'assemble, il convient de faire silence et de
laisser la cité tout entière entendre les lois qu'ici j'établis,
pour durer à jamais, et, dès aujourd'hui, pour permettre à
ces hommes de prononcer un juste arrêt.
Sire Apollon, reste sur tes terres.
Qu'as-tu à voir, toi, dans cette cause?
Je viens en témoin, d'abord : cet homme
est, suivant la loi, mon suppliant et l'hôte de mon foyer;
je l'ai moi-même purifié du sang dont il s'agit. Je viens en
défendeur aussi : je suis responsable du meurtre de sa
mère.
La parole est à vous; je déclare le débat ouvert : à l'accusateur, parlant le premier, de nous instruire d'abord exactement des faits.
Si nous sommes nombreuses, nous
saurons parler bref. A chaque question donne réponse
nette. Et, d'abord, dis-moi, n'as-tu pas tué ta mère ?
Je l'ai tuée; cela, je ne le nierai pas.
Sur trois manches, en voilà une déjà
gagnée
Je ne suis pas à terre : ne te vante donc pas.
Il te faut pourtant dire comment tu l'as tuée.
Mon bras, tirant le fer, lui a tranché la gorge.
Mais qui t'avait poussé ? quels conseils suivais-tu ?
Les oracles du dieu, aujourd'hui mon témoin.
C'est le devin qui te dictait le parricide?
Et je ne me plains pas jusqu'ici de mon sort.
Quand l'arrêt t'atteindra, tu changeras d'avis.
Mon père — en lui j'ai foi! — m'enverra son secours.
Mets ta foi dans les morts, toi qui tuas ta mère !
Elle s'était souillée de deux crimes ensemble
Et comment? instruis ceux qui te doivent juger.
En tuant son époux, elle a tué mon père
Mais tu vis,
Mais, tant qu'elle a vécu, l'as-tu poursuivie, elle?
Non, car elle n'était pas du sang de sa
victime.
Eh quoi? serais-je donc, moi, du sang de ma mère ?
Comment t'a-t-elle alors nourri sous sa ceinture, assassin? Renies-tu le doux sang d'une mère?
A toi de témoigner. Éclaire-moi, Apollon:
l'ai-je tuée justement ? Le fait en lui-même, je ne le nie pas.
Mais à ton esprit le meurtre paraît-il, ou non, justifié?
Prononce, et à ceux-ci je le ferai savoir.
C'est à vous, noble tribunal établi par
Athéna que je répondrai moi-même : « Justifié », et, pro-
phète, je ne saurais mentir. Sur mon trône fatidique, je n'ai
jamais rendu d'oracle sur homme, femme ou cité, qui ne
fût un ordre de Zeus, père des Olympiens. La justification
a sa valeur : je vous engage à la peser et à suivre les
volontés de mon père. Nul serment ne prévaut sur Zeus.
C'est donc Zeus, à t'entendre, qui t'a dicté l'oracle prescrivant à Oreste de venger le meurtre d'un père, sans rien accorder au respect d'une mère.
Oui, car tout autre chose est la mort d'un
noble héros qu'entourent les respects dus au sceptre, pré-
sent de Zeus — et cela sous le bras d'une femme, qui n'a
pas tué avec l'arc à longue portée de l'Amazone guerrière,
mais de la façon que vous allez apprendre, Pallas, et vous
tous qui siégez ici pour décider par vos suffrages en ce
débat. Il rentrait de la guerre, ayant presque partout rem-
porté le succès. Elle l'accueille (avec des mots) d'amour,
(le conduit au bain; puis, comme il sort de la baignoire
dans le voile brodé comme en un piège sans issue. Voilà
quelle fut la fin du héros auguste entre tous, du chef de
l'armée navale. J'en ai dit
Si l'on t'écoute, Zeus a grand souci du
père. Mais lui-même enchaîna son vieux père Cronos
Comment accordes-tu ceci avec cela?
Monstres haïs de la nature entière, exé-
crables aux dieux, des entraves, Zeus sait les délier
contre ce mal n'a point créé de charmes, lui qui boule-
verse le monde sans s'essoufler à la peine!
Vois donc de quelle façon tu soutiens
son innocence ! C'est le sang de sa mère, celui qui coule
en ses veines, qu'il a répandu sur le sol : et il habiterait
Argos, le palais paternel ! A quels autels publics sacrifie-
rait-il donc ? quelle phratrie lui permettrait d'user de son
eau lustrale ?
Écoute encore ma réponse, et vois la jus-
tesse de mon argument. Ce n'est pas la mère qui enfante
celui qu'on nomme son enfant : elle n'est que la nourrice du
germe en elle semé. Celui qui enfante, c'est l'homme qui la
féconde; elle, comme une étrangère, sauvegarde la jeune
pousse — quand du moins les dieux n'y portent point atteinte.
Et de cela je te donnerai pour preuve qu'on peut être père
sans l'aide d'une mère. En voici près de nous un garant,
fille de Zeus Olympien et qui n'a point été nourrie dans la
nuit du sein maternel : quelle déesse pourtant saurait pro-
duire un pareil rejeton ? Pour moi, Pallas, ma sagesse
saura par ailleurs faire grands ton peuple et ta ville; mais
j'ai dès cette heure conduit ce suppliant au foyer de ton
temple, pour qu'éternellement il te soit fidèle, que tu aies
des alliés, déesse, en lui et en ses fils, et qu'à jamais même
fidélité te soit gardée encore par les fils de ses fils.
Puis-je
ter dans l'urne, suivant leur conscience, un suffrage équi-
table ? Avez-vous tout dit ?
Notre carquois à nous maintenant est vidé. J'attends l'arrêt qui doit terminer le débat.
Et vous ? que dois-je faire pour prévenir vos blâmes ?
Vous avez entendu ce que
vous avez entendu. En portant vos suffrages, gardez
bien en vos cœurs le respect du serment, étrangers.
Ecoutez maintenant ce qu'ici j'établis,
citoyens d'Athènes, appelés les premiers à connaître du
sang versé. Jusque dans l'avenir le peuple d'Égée conser-
vera, toujours renouvelé, ce Conseil de juges. Sur ce
mont d'Arès, où les Amazones jadis s'établirent et plan-
tèrent leurs tentes, aux jours où elles firent, en haine de
Thésée
en ont gardé le nom d'Arès sur ce mont, dis-je, désor-
mais le Respect et la Crainte, sa sœur, jour et nuit égale-
ment, retiendront les citoyens loin du crime, à moins qu'ils
n'aillent eux-mêmes encore bouleverser leurs lois : qui
trouble une source claire d'afflux impurs et de fange n'y
trouvera plus à boire. Ni anarchie ni despotisme, c'est la
règle qu'à ma ville je conseille d'observer avec respect. Que
toute crainte surtout ne soit pas chassée par elle hors de
ses murailles; s'il n'a rien à redouter, quel mortel fait ce
qu'il doit
vénérable, inflexible, tel est le Conseil qu'ici j'institue,
pour garder, toujours en éveil, la cité endormie. Voilà
les avis que j'ai voulu en termes exprès donner à mes
citoyens pour les jours à venir. Maintenant vous devez vous
lever, porter votre suffrage et trancher le litige en
Prenez garde ! ma présence sera lourde à ce pays : je vous le conseille, n'en méprisez pas la menace.
Et moi, je vous dis : mes oracles sont ceux de Zeus; craignez d'en détruire le fruit.
Les causes de sang ne sont point de
ton lot : pourquoi les prends-tu à cœur ? Tu n'auras plus
la bouche pure pour dispenser tes oracles.
Mon père alors s'est trompé en ses calculs, le jour où Ixion, le premier meurtrier, vint à lui en suppliant ?
C'est toi qui l'as dit
je n'ai pas gain de cause, ce pays en retour sentira le poids
de ma présence ici.
Dieux nouveaux ou dieux anciens, nul ne t'honore : c'est moi qui triompherai !
C'est ainsi que tu en agis déjà dans
le palais de Phérès
N'est-il pas naturel d'obliger qui vous
honore, surtout à l'heure où il en a besoin ?
C'est toi qui déchiras l'antique par- tage et usas du vin pour tromper d'antiques déesses.
C'est toi qui, bientôt, frustrée de l'arrêt
attendu, ne cracheras plus qu'impuissant venin sur tes
ennemis.
Tu te plais à écraser, jeune dieu, notre vieillesse : soit ! j'attends d'ouïr l'arrêt et retiens jusque-là mon courroux contre ce pays.
C'est à moi qu'il appartient de prononcer la dernière. Je joindrai mon suffrage à ceux qui vont à
Oreste. Je n'ai point eu de mère pour me mettre au monde.
Mon cœur toujours — jusqu'à l'hymen du moins — est
tout acquis à l'homme : sans réserve je suis pour le père.
Dès lors je n'aurai pas d'égard particulier pour la mort
d'une femme qui avait tué l'époux gardien de son foyer.
soin.
O Phoibos Apollon, que sera la sentence ?
O sombre Nuit, ma mère, vois-tu ce qui se passe ?
Me faudra-t-il me pendre ou voir encore le jour ?
Devrons-nous disparaître ou garder nos honneurs ?
Comptez exactement les suffrages qui
tombent, étrangers; en les triant, veillez à éviter la fraude.
Un suffrage qui manque provoque un désastre, comme
une voix de plus relève une maison.
Cet homme est absous du crime de meurtre : le nombre des voix des deux parts est égal.
O Pallas, toi qui viens de sauver ma maison,
j'avais perdu jusqu'au sol de mes pères, et tu me l'as
rendu. Et l'on dira dans la Grèce : « Le voici de nouveau
citoyen d'Argos et maître de son patrimoine, grâce à Pallas
et grâce à Loxias » — et grâce à l'arbitre suprême, au
dieu Sauveur
de rentrer dans ma demeure : Jamais un roi placé au gou-
vernail d'Argos ne portera en ces lieux des armes vouées
au triomphe. Moi-même alors du fond de mon tombeau
diables revers, décourageant sa marche et plaçant sur sa route
des présages de deuil, je me chargerai de faire regretter
son entreprise. Mais, en revanche, si mes serments sont
observés, si mon pays à la cité de Pallas ne cesse de rendre
l'hommage de ses armes alliées, alors je lui serai clément.
Adieu donc ! adieu, Pallas, adieu, peuple d'Athènes, puissent
tes attaques, irrésistibles à tes ennemis, sauver ta ville et
glorifier tes armes!
Ah!
l'infortunée qu'on humilie fera sentir à cette terre — ah!
malheur! — ce que pèse son courroux. Mon venin, mon
venin, cruellement me vengera. Chaque goutte qui en coulera
de mon cœur coûtera cher à cette ville : une lèpre en sortira,
mortelle à la feuille, mortelle à l'enfant, qui, s'abattant
sur votre sol — Vengeance! Vengeance! — infligera à ce
pays plus d'une plaie meurtrière
ment agir plutôt ? Soyons lourdes à cette cité. Ah! elles
ont, hélas! subi un terrible affront, les tristes filles de la Nuit, cruellement humiliées!
Écoutez-moi :
glots. Vous n'êtes pas des vaincues : un arrêt indécis, seul,
est sorti de l'urne, pour satisfaire la vérité, non pour
vous humilier. D'éclatants témoignages étaient là, émanés
de Zeus
ment. Vous voulez, sur ce pays, cracher un pesant cour-
roux : réfléchissez, ne vous emportez pas; ne rendez pas
ce sol stérile, en laissant dégoutter de vos lèvres divines
une écume sauvage, rongeuse de tous germes. Moi, je vous
offre sans réserve le séjour, l'asile qui vous conviennent
en ce pays et où, sur le trône de vos autels luisants
l'infortunée qu'on humilie fera sentir à cette terre — ah!
malheur! — ce que pèse son courroux. Mon venin, mon
venin, cruellement, me vengera. Chaque goutte qui en coulera
de mon cœur coûtera cher à cette ville : une lèpre en sor-
tira, mortelle à la feuille, mortelle à l'enfant, qui, s'abattant
sur votre sol — Vengeance! Vengeance! — infligera à ce
pays plus d'une plaie meurtrière. Mais je gémis! com-
ment agir plutôt ? Soyons lourdes à cette cité. Ah! elles
ont, hélas! subi un terrible affront, les tristes filles de la
Nuit, cruellement humiliées!
Vous n'êtes point
votre colère, ne vous en prenez pas, déesses, à des hommes;
ne rendez pas la terre sourde à leurs appels. Moi, je
m'assure en Zeus, et — faut-il le dire? — seule entre les
dieux, je sais ouvrir la chambre où la foudre dort scellée
bouche furieuse ne lance pas sur ce sol des mots dont le
seul fruit serait pour tout la mort! Endors la fougue
amère de ce noir flux de haine; reçois ta part d'honneurs
et viens vivre avec moi. En ce vaste pays, désormais
toutes les prémices, offrandes de naissance et offrandes
d'hymen, te seront réservées, et tu ne cesseras de louer
mon conseil.
je ne respire que colère et vengeance. Las! Terre et Ciel! ah!
quelle souffrance, quelle souffrance entre donc dans mon
cœur! Entends-moi, ô Nuit, ma mère : mes antiques hon-
neurs, des dieux aux ruses méchantes me les ont ravis et
réduits à rien.
A tes colères je veux être
doute, à moi aussi Zeus a donné quelque sagesse. Si vous
allez dans une autre contrée, vous regretterez ce pays.
Écoutez mon oracle : le flot montant des jours fera grandir
la gloire de ma ville, et toi, fixée sur son sol glorieux, à
côté de la demeure d'Érechtée
les jeunes poitrines, et, sans vin, les enivrent de folles
fureurs. Ne va pas, comme on fait pour les coqs, attiser
la colère au cœur de mes citoyens et mettre en eux cette
soif de meurtre qui lance frères contre frères, en leur
soufflant mutuelle audace. Vienne la guerre étrangère,
toujours à la portée de ceux qu'anime un fervent désir de
vraie gloire : mais fi des combats entre oiseaux de la
volière! Voilà donc ce qu'il t'est loisible de tenir ici
Moi, subir ce sort, moi, l'antique déesse!
Moi, habiter ce pays en être impur et méprisé, ah!... Non, je
ne respire que colère et vengeance. Las! Terre et Ciel! ah!
quelle souffrance, quelle souffrance entre donc dans mon
cœur! Entends-moi, ô Nuit, ma mère : mes antiques hon-
neurs, des dieux aux ruses méchantes me les ont ravis et
réduits à rien.
Non, je ne me lasserai pas
respecter la Persuasion sainte, qui donne à ma parole sa
magique douceur, va, tu resteras ici. Mais, si tu t'y refuses,
vraiment tu serais inique en laissant tomber sur ce pays
dépit, courroux ou vengeance qui seraient cruels à mon
peuple, alors qu'il t'est permis de jouir sans conteste du
droit de bourgeoisie au milieu d'une cité qui à jamais
t'honorera.
Souveraine Athéna, que sera mon séjour ?
Exempt de toute peine : accepte-le, crois-moi.
Mettons que je l'accepte : quels hon-
neurs m'y attendent?
Sans toi, nulle maison ne pourra prospérer
Tu sauras m'assurer une telle puis- sance?
Je ne protégerai que qui t'honorera.
Et cet engagement vaut pour l'éternité.
Qui me force à promettre, si je ne puis tenir?
Tu charmes mon courroux : je renonce
à ma haine.
Alors tu vas ici te faire des fidèles.
Quels vœux m'ordonnes-tu de chanter sur ta ville?
Ceux qui appelleront un triomphe sans
tache
terre, de l'onde marine ou du ciel, viennent aux rayons
d'un soleil propice, souffler sur ce pays! Que la riche
fécondité du sol et des troupeaux jamais ne se lasse de
rendre ma cité prospère! Que la semence humaine y soit
aussi protégée! Les impies, en revanche, sarcle-les sans
scrupule; j'aime à voir, comme un bon jardinier, le Juste
croître à l'abri de cette ivraie. Voilà les vœux qui te
regardent. Pour les nobles luttes guerrières, c'est moi qui
veillerai à ce que toujours elles fassent honneur à ma cité,
triomphante parmi les hommes!
Oui,
leur présence le donjon des dieux, éclatant rempart des
saints autels de la Grèce. Sur elle j'épands mes vœux en
oracles propices. Que tous les bonheurs qui font une vie
prospère, de son sol,
J'obéis à l'amour que je porte à ce peuple en fixant ici de puissantes et intraitables déesses, dont le lot
est de tout régler chez les hommes. Qui n'a point su se
concilier ces divinités terribles, ne peut comprendre d'où
viennent les coups qui s'abattent sur sa vie. Ce sont les
crimes de ses pères qui le traînent devant elles, et un trépas
muet, en dépit de son fier langage, l'anéantit sous
Que jamais souffle empesté ne vienne
flétrir nos arbres! ce sera là mon bienfait : le feu qui consume
les jeunes bourgeons ne franchira pas vos frontières. Et que
le triste mal dont meurent les moissons ne s'approche pas
d'ici!
Que la terre nourrisse de belles brebis, chacune mère
de deux agneaux au temps fixé! Et que
Entendez-vous, gardiens de la cité, ce qu'elle
s'apprête à faire pour vous?
aux autres une vie embuée de larmes.
J'écarte de vous les destins qui vont fau- chant les jeunes hommes. Accordez aux vierges aimables de
vivre aux côtés d'un époux
sentir le poids de vos présences justicières, vous, de toutes
les divinités les plus entourées de respect!
A entendre ce qu'en leur bonté elles assurent
à ma ville, je me sens le joie au cœur, et je bénis la Persua-
sion,
l'a emporté, et mon obstination bienfaisante triomphe pour
l'éternité.
Et que jamais, dans cette ville, ne gronde
la Discorde insatiable de misères! Que la poussière abreuvée
du sang noir des citoyens ne se paye pas, en sa colère,
entre eux n'échangent que des joies, remplis d'un mutuel
amour et haïssant d'un même cœur!
Dira-t-on qu'elles se refusent à trouver la
voie des souhaits
menant votre pays, votre peuple, par les chemins de la
droite justice.
Adieu, vivez heureux
assis aux côtés de la Vierge de Zeus, lui rendant son amour
et apprenant chaque jour la sagesse! Ceux que Pallas abrite
sous son aile sont respectés de son père.
Adieu, vivez heureuses aussi! Je dois mar-
cher devant vous et vous montrer votre demeure, aux
pieuses clartés du cortège qui s'avance. Allez, avec ces vic-
times saintes, descendez donc sous la terre; retenez loin
de nous le malheur, et envoyez-nous le bonheur,
Et vous, maîtres de cette cité, enfants de Cranaos,
montrez la route à celles qui reçoivent ici le droit de séjour;
et que mes citoyens, pour leur propre bonheur, ne forment
que d'heureux desseins!
Adieu, vivez heureux, je répète mon vœu,
vous tous qui résidez en cette ville, mortels ou divinités.
votre cité est celle de Pallas : qu'elle honore celles à qui elle
octroie le droit de séjour, et vous n'aurez pas à vous plaindre
du sort que vous fera la vie
J'applaudis au langage de vos vœux et je
vais vous conduire, à la clarté des torches éclatantes
Leur place est là : c'est l'œil
Mettez-vous en marche, puissantes déesses
avides d'hommages, enfants infécondes de la féconde Nuit,
sur les pas d'un cortège ami — et que tous
Pour gagner l'antre souterrain où vous trouverez, parmi
les offrandes et les rites antiques, un culte sans
Propices, loyales à l'égard de ce pays, allez donc, ô
Redoutables, et laissez-vous réjouir par l'éclat des torches
dévorées du feu qui vous montrent le chemin. Et mainte-
nant lancez le cri rituel en réponse à notre chant!
La paix, pour le bonheur de ses foyers
acquise au peuple de Pallas, et ainsi s'achève l'accord de la
Parque avec Zeus dont l'œil voit tout. Et maintenant lancez
le cri rituel en réponse à notre chant!